Dans le nouveau courant, si fertile, du "roman graphique" cher à Will Eisner, Craig Thompson impose son "Blankets" comme un nouveau must de l'autobiographie "auteuriste": graphiquement proche du style du créateur du "Spirit", mais sans son audace formelle, il relève le défi d'évoquer un premier amour d'une manière qui soit aussi intense et entière qu'il l'a vécu (que nous l'avons tous vécu ?), mais qui échappe complètement aux clichés du genre. Ni nostalgie ni condescendance ici, mais les fantômes omniprésents de l'intégrisme religieux et les doutes existentiels d'un adulte naissant sur les décombres d'une enfance à la fois heureuse et torturée. En entremêlant les scènes profondément sensuelles de la découverte de l'Amour avec les flashbacks des vexations angoissantes de son jeune âge, Thompson nous fait sentir l'impossibilité qu'il y a à se construire sans faire table rase du passé. [Critique écrite en 2005]