Plutôt que d'essayer de dire pourquoi ce Graphic Novel est génial ou pas, il serait plus judicieux de tenter d'expliquer en quoi ce petit chef d'oeuvre est sans l'ombre d'un doute l'oeuvre la plus extraordinairement arrogante d' Alan Moore. Alors oui, c'est moins anti-manichéen que Watchmen, moins politique que V Pour Vendetta, moins Porno que Lost Girls, Moins cadavre exquis littéraire que La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, moins historique que From Hell, moins....Bon, j'arrête là....
MAIS, pour comprendre l' incroyable anti-conformisme de Killing Joke, resituons rapidement les sujets abordés :
Batman se rend à l'asile d' Arkham pour découvrir que le Joker s'en est évadé.
Ce dernier, décide de frapper fort : il se rend chez Barbara Gordon (La fille du commissaire), lui tire une balle et la laisse irrémédiablement paralysée, mettant à jamais fin à sa carrière de Batgirl (Depuis, elle est devenue Oracle, génie informatique qui opère depuis ses ordinateurs).
Non satisfait, le Clown du Crime capture le commissaire Gordon, l'emmène dans une fête foraine désaffectée pour le torturer psychgologiquement.
Bien entendu, le Dark Knight arrive au bon moment, sauve la vie de son viel ami, et fiche une peignée à son ennemi habituel.
Jusqu'ici, finalement, tout est très conventionnel.
Cependant les scène sont entrecoupées par des flashbacks nous racontant comment un homme pauvre et un peu naïf s'est retrouvé par amour au mauvais endroit au mauvais moment pour devenir le terrible Joker. Pour une fois l'arch nemesis ultime apparait un peu sous des aspects humains.
Vous aurez sans doute constaté qu'il se passe pas mal de choses dans cette aventure, pourtant ce qui avec le recul parait etonnant, c'est que tout cela ne tient que sur 48 p.!!!!!!! Ce qui est absolument dérisoire. Toutefois, ces 48 p. sont parfaitement dosées : à aucun moment, on n'a l'impression que les choses se déroulent trop précipitemment.
Pour information, au début des années 2000, lorsque Brian Michael Bendis créée l'univers Ultimate pour Marvel, et développe un Spider-Man plus moderne, il utilise environ 120 p. de la premiière case à la mort d' Oncle Ben ou Peter prend conscience de son sens des responsabilités (Là où Lee et Ditko avaient usés 11p.)
Comme un ultime bras d'honneur à ces auteurs qui s'étendent sur des centaines de pages, Alan Moore sacrifie la première page de son récit pour montrer l'entrée de Batman à Arkham dans une scène muette, et abandonne la dernière page pour nous offrir une scène improbable où le Joker vaincu raconte une histoire drôle à son adversaire en attendant les flics....
Finalement, on en arrive à se demander si le Gourou de Northampton ne serait pas capable de faire tenir un de ces Graphic Novels, sur une seule page......