Madeleine Riffaud apporte son témoignage. Elle nous raconte son histoire au cœur d’évènements historiques. Cela est dit sans haine, avec une certaine retenue, une pudeur manifeste, même, qui peut-être accentue la dénonciation de la barbarie nazie que nous savons...
Dans la Somme, en août 1931, un petit groupe de gamins trouve un obus de 75. Ils entreprennent de le désamorcer pour revendre le cuivre. L'obus explose et les tue tous, excepté Madeleine, que sa mère a appelée pour le dîner quelques minutes avant le drame.
Juin 1939, dans le Santerre. Comme il sent la guerre se profiler, son père apprend à Madeleine les rudiments de la chasse et de la conduite automobile, afin que sa mère, ses grands-parents et elle soient autonomes s'il est mobilisé, ce qu'il estime probable.
Puis c'est l'exode, en mai 40, et les Stukas, en piqué, mitraillant les civils sur les routes du désespoir. En novembre, un incident en gare d'Amiens, avec des soldats d'abord, puis un gradé ensuite, fait prendre à Madeleine Riffaud une décision irrévocable : malgré son jeune âge, elle va se débrouiller pour rentrer en contact avec les terroristes, comme les appellent les allemands, et intégrer les rangs de la résistance...
Sévices en bleu
Madeleine Riffaud (nous) raconte cette partie de l’Histoire comme elle l’a vécue, à savoir de l’intérieur. Il n’y a guère de mots acerbes pour dénoncer l’indicible. Le ton employé est plutôt mesuré, essayant de dégager l’individu du contexte, même si le doute est là (« Tous ces soldats, c’était peut-être de braves types mais honnêtement, ils n’en avaient pas l’air »).
En camaïeu de bleu, le visuel atténue un peu la violence de cette période sombre et glaçante ; car malgré la douceur du traité, ne nous y trompons pas : c’est bien de choses tristes et d’actes atroces dont il est question ici !
Fred