Même si aucun de ses deux créateurs n’est à l’origine de son écriture, le nouveau tome des aventures d’Astérix reste un événement majeur du neuvième art. Le dernier date du mois dernier et s’intitule Le Papyrus de César. Le binôme formé de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad a été une nouvelle fois missionné pour faire naître de leur imagination les nouvelles aventures des gaulois les plus célèbres du monde. Les deux auteurs avaient su offrir une suite correcte et respectueuse à l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo avec l’épisode précédent Astérix chez les Pictes. Je fais partie des lecteurs ayant trouvé plutôt apprécié cet album historique. Sans atteindre la qualité des premiers opus, il marquait un progrès énorme par rapport aux derniers ouvrages nés de la seule plume d’Uderzo. J’espérais donc que ce trente-sixième acte prolonge cette évolution positive.


Le papyrus qui donne son titre au livre n’est pas le moindre des écrits : il s’agit d’un chapitre de la célèbre Guerre des Gaules contée par César. Ce chapitre n’est pas n’importe lequel : il s’agit de celui qui évoque les irréductibles gaulois et la partie de la Gaule qui n’est pas dominée par Rome. Le conseiller de l’empereur lui propose de faire disparaître ces pages permettant ainsi à l’Histoire de retenir que César a conquis toute la Gaule. Le souci apparait lorsqu’un colporteur gaulois met la main sur une mouture complète du papyrus et décide de rendre publique cette manipulation de la réalité…


J’ai trouvé l’idée de départ originale et intéressante. Les enjeux apparaissent réels et créent un lien évident avec notre époque contemporaine. Ne dit-on pas que l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs ? De plus, cela permet aux auteurs d’intégrer le concept de liberté de la presse dans leur histoire. Tous ces thèmes sont plutôt bien exploités tout au long de la narration. Sans jamais tomber dans un excès regrettable, Jean-Yves Ferri arrive à faire rire avec ses vannes évoquant l’univers du journalisme.


Concernant le méchant, il prend ici les traits de Bonus Promoplus, conseiller et éditeur de l’empereur. L’éthique n’est pas sa qualité première et il se trouve bien embêté lorsqu’il apprend la disparition du papyrus. Il doit mettre la main dessus tout en empêchant César d’être informé de la situation. Il reprend beaucoup de caractéristiques des traditionnels adversaires des héros irréductibles. Sa personnalité s’inscrit dans la tradition de la série et ce n’est pas désagréable pour le lecteur. J’ai pris beaucoup de plaisir à rire de ses mésaventures et sa nervosité permanente. Son travail avec les légionnaires de Babaorum. Découvrir les soldats blasés par les irréductibles gaulois devant ce petit excité fait aisément sourire.


Evidemment, l’attrait réside aussi de retrouver nos gaulois adorés. Les auteurs s’en approprient les codes avec talent. Cétautomatix, Ordralphabetix, Agecanonix, Abraracourcix, Bonemine ou Assurancetourix jouent leur rôle à merveille. Ils ont chacun leur petit fil conducteur personnel qui densifie la trame général. Concernant Obélix, il est nouvelle fois la grande star de l’album avec sa volonté ponctuelle d’éviter les conflits et les sangliers. Bref, les auteurs offrent un album qui respecte les codes de la série avec talent. Les dessins de Didier Conrad sont dans une lignée parfait d’Albert Uderzo.


Pour conclure, je trouve que Le Papyrus de César est un cru honnête. Il n’a aucun mal à accompagner les précédents épisodes de la saga. Je le trouve plus réussi qu’Astérix chez les Pictes. Cela me rend optimiste. Les auteurs semblent plus à l’aise dans ce costume prestigieux. Surtout, j’ai bon espoir que Astérix retrouve les lettres de noblesse que certains épisodes récents avaient tendance à effriter sérieusement…

Eric17
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Bandes dessinées 2015

Créée

le 1 nov. 2015

Critique lue 447 fois

Eric17

Écrit par

Critique lue 447 fois

9

D'autres avis sur Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

6

chtimixeur

208 critiques

Correctus, sans plus

S'il rassurera les déçus des derniers albums signés Uderzo, ce 36ème tome est malheureusement dans la lignée du 35ème. Didier Conrad et Jean-Yves Ferri font énormément d'efforts pour contenter les...

le 22 oct. 2015

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

9

caiuspupus

1188 critiques

Unbonalbumdeplus!

Après un an d'attente et des informations distillées avec parcimonie, le nouvel Astérix version Ferri/Conrad est enfin arrivé! Leur première collaboration était prometteuse, j'attendais donc...

le 22 oct. 2015

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

Le Papyrus de César - Astérix, tome 36

5

Vaanille

277 critiques

Rien de nouveau sous le soleil, c'est anecdotique...

Bon je n'avais pas aimé Astérix chez les pictes, qui tentait laborieusement de copier ce qui a fait le succès de la série dans les années 60 et 70, mais sans la génie et l'originalité de Goscinny...

le 26 oct. 2015

Du même critique

Astérix chez les Pictes - Astérix, tome 35

Astérix chez les Pictes - Astérix, tome 35

5

Eric17

1031 critiques

Pour les adeptes de fin de traversée du désert...

Cette année marquera une date importante de la bande dessinée française. C’est en effet la première fois que les aventures des deux plus célèbres gaulois ne sont nés ni de la plume de René Goscinny...

le 11 nov. 2013

L'Empire de monsieur Joseph - Il était une fois en France, tome 1

L'Empire de monsieur Joseph - Il était une fois en France, tome 1

10

Eric17

1031 critiques

Critique de L'Empire de monsieur Joseph - Il était une fois en France, tome 1 par Eric17

« Il était une fois en France » est une série née il y a quatre ans. Son cinquième tome est sorti récemment. Afin d'en profiter pleinement, j'ai décidé de lire une nouvelle fois l'intégralité de la...

le 5 nov. 2011

Succession

Succession

8

Eric17

1031 critiques

Pour les adeptes de dysfonctionnement familial...

Succession est une série que j’ai découverte à travers la lecture d’un article qui lui était consacré dans la revue Première. La critique qui en était faite était plutôt élogieuse. Les thématiques...

le 13 août 2018