300
6.4
300

Film de Zack Snyder (2007)

Perses et Polis. Film fasciste?... Hum, oui... et non.

Après avoir eu un passionnant débat aviné, à une heure hindous que la morale réprouve, sur l'interprétation Politique dans le cinéma, je me suis dit, du haut de mon extrême suffisance, que cela pourrait être intéressant de partager ici certaines conclusions auxquelles je suis parvenu...



Alors avant d'entrer dans le vif du sujet, délestons nous en vitesse du superflu afin de voyager plus léger :

Le film en lui même? Je ne vais pas faire l'offense de le résumer ici : tout le monde connait l'histoire de Léonidas, célèbre chocolatier Grec (connu principalement pour ses fameuses tablettes!) qui se voit contraint de tout abandonner pour percer dans le Perse...

Et bien je trouve ce film plutôt fun et plaisant à suivre.

Snyder est souvent accusé d'avoir une esthétique clipesque de publicitaire, faite pour plaire aux adolescents.

Et vous savez quoi? Je suis entièrement d'accords. Sauf que pour moi, cette constatation n'a rien d’offensante. L'art de faire des clips n'est pas fondamentalement moins respectable qu'un autre, la pub est un domaine exigeant (gros sous-sous obligent) et si je n'ai, d'yeux merci, pas entièrement perdu mon âme d'enfant avec l'âge, il en va de même pour mon âme d'adolescent que je conserve par devers moi.

Du coup, oui, je le confesse, j'aime bien la pattoune de Snyder, même si j'admets volontiers qu'il faut la consommer avec modération.

D'autant qu'à l'époque où est sorti le film, cette imagerie était encore relativement novatrice et originale (avant de devenir un effet de mode redondant).

Il y a des plans très travaillés et efficaces, c'est bien rythmé, c'est cool.

Bref, le film est ce que j'appellerais un plaisir coupable sans culpabilité aucune.



Mais au delà de savoir si ce film est un très bon actionner ou une horrible daube (question sur laquelle je laisserais chacun juge, ce n'est pas mon propos ici), ce film fait régulièrement polémique à cause de son propos supposément crypto-fasciste (voir même pas tellement crypto que ça pour certain).

Après, on va pas (pour le moment) rentrer dans une tentative de définir avec soin ce à quoi le terme "fasciste" renvoi précisément et quelles en seraient les limites (provoquées notamment par son usage galvaudé), parce que ça nous enverrait trop loin et j'imagine que cette critique sera déjà suffisamment indigeste comme ça. Je me contenterais donc en usant de ce qualificatif, de renvoyer à l'acceptation courante et instinctive du terme (avec donc ce qu'elle peut comporter d’ambiguïté, d'amalgame et d'approximation) : à savoir un positionnement politique très à "droite" (il faudrait aussi définir ce qu'on entend par la "Droite" et la "Gauche", voyez, c'est chiant, on s'en sort jamais^^ Bref), fondé sur le virilisme, l'uniformisation, le militarisme, et la xénophobie décomplexée.

Les arguments en faveur de cette thèse sont plutôt connus et récurrents :


- Déjà l'auteur de la BD éponyme d'où est tiré le film est, de notoriété publique, un "conservateur" très "rentre-dedans" sur le plan des idées politiques.

- Ensuite, 300 met en valeur et glorifie un groupe (Sparte), dont les attributs principaux sont la militarisation extrême (Ahou ahou!!) et le virilisme poussé à un tel niveau paroxysmique que ça en devient presque comique ainsi qu'une certaine uniformisation (le bloc, où chaque corps doit être sculpté dans le même bois et où les tares et malformations physiques sont impitoyablement éradiquées).

- Enfin, la description de gentils "occidentaux" blancs qui poutrent dans la joie et la bonne humeur, du "barbare" venu de l'Est, à la peau un peu trop bronzée... vu très souvent comme un métaphore du combat de l'Amérique triomphante contre les périls (réels ou supposés) venu là aussi de l'Est (communisme fut un temps, Islamique ensuite).


Pour illustrer la présence de ce type d'interprétation à celles et ceux qui débarqueraient et à qui ces polémiques seraient totalement étrangères, je vous mets ci dessous un lien YT pour la vidéo de "On va faire cours" sur le sujet des Spartiates :


https://www.youtube.com/watch?v=m2CqV7BqEKo

Je mets cet exemple, d'une part parce que je trouve la vidéo excellente et que je ne résiste pas au plaisir d'avoir une chance de la faire découvrir à quelqu'un et ensuite parce que je la trouve globalement complète et représentative de cette question, mais des exemples d'accusations de ce type plus ou moins nuancées, on en trouve plein d'autres (de Frustration Magazine à AnalGénocide aka Antoine Goya aka Moizi pour les intimes).

Alors, que penser de ces accusations? 300 est il bien un film (crypto)fasciste?...

Et bien oui. Les arguments (notamment le triptyque évoqué au dessus, car à cela s'est rajouté un mille-feuilles d'arguments à charge dont certains sont plus discutables) sont pertinents et convaincants. Oui, quoiqu'on en pense par ailleurs, 300 est bien un film qui peut être vu légitimement comme pas mal fascisant.



Du coup, clap de fin, on remballe?... Bin non, je pense que c'est un peu plus subtil que ça.

Parce que, comme le disait un grand philosophe ectoplasmique bien connu : "Luke, tu comprendras un jour que beaucoup de vérités auxquelles nous tenons dépendent avant tout de notre propre point de vue" (Palpatine n'aurait pas dit mieux!)

S'il est vrai que Frank Miller a une vision du monde "fasciste" et a construit son récit là dessus, il se trouve que moi je fais parti des gens qui pensent qu'une oeuvre n'appartient pas exclusivement à son auteur, et à l'image qu'il s'en fait, mais qu'elle a une existence propre, qui prend sens également à travers un contexte et le regard du publique.

Après tout, si une oeuvre devait toujours être considérée conformément à l'image que s'en fait son auteur originel sans possibilité de prise de distance, alors nul doute que The Room devrait être considéré comme un chef d'oeuvre, puisque c'est bien ainsi que doit se le figurer Tommy Wiseau.

Or que montre concrètement 300 au delà des fantasmes qu'y collait Miller? Bin une relecture fantaisyste et testostéronée d'un épisode historique. Un épisode durant lequel des Cités indépendantes ont lutté jusqu'à la mort contre un ennemi largement supérieur en nombre qui venait s'approprier leurs terres et leurs ressources.

Concrètement, dans ce film, les Perses sont une puissance Impérialiste qui tente de soumettre par la force et l'intimidation, des Cités autonomes. Et c'est aussi grosso merdo ce qu'ils étaient historiquement durant cet épisode.

Miller peut bien, en dessinant ses planches, penser dans son petit esprit étriqué que les US sont les dignes héritiers de Spartes et que les hordes de Perses sont une représentation des Moyen-Orientaux actuels, il n'en reste pas moins que pour quiconque n'ayant pas une lecture purement racialiste du monde et s'intéressant d'avantage aux rapports de force et aux actes qu'à la couleur de la peau, il est bien plus aisé de voir les US dans les habits de cet Empire tout puissant et arrogant, voulant s'approprier la planète entière à coup d’expansionnisme agressif. Il est bien plus aisé de voir dans ces Spartiates, des figures allégoriques des combattants Tiers-Mondistes (de Cuba au Golf en passant par le Vietnam) qui luttent pour conserver leur indépendance et leur culture face à un rouleau compresseur qui emporte tout sur son passage.

D'ailleurs, l'expédition Spartiate, dans son caractère désespéré et suicidaire pourrait aisément être vu comme une sorte de mission kamikaze.... je n'irais pas pousser l'outrance et la mauvaise foi jusqu'à prétendre que la pilosité faciale de Léonidas le rapproche d'avantage de Ben Laden que de GW Bush, m'enfin, vous aurez compris l'idée...

Le film peut être perçu comme "fasciste", oui c'est tout à fait exact. Mais au vue de ce qu'il contient positivement, en faisant abstraction des intentions profondes des uns et des autres et en le replaçant dans son contexte (contexte des guerres médiques qu'il dépeint et de l'Impérialisme Atlantiste dans lequel il a vu le jour), il peut tout aussi bien être perçu comme un film Anti-impérialiste.

A trop se focaliser sur la pigmentation de la peau des uns et des autres, les détracteurs du films adoptent ironiquement le même angle de vue que Miller et tombent d'une certaine façon dans ce qu'ils dénoncent et s'empêchent de voir que 300 cherche avant tout à magnifier la résistance locale à une puissance hégémonique menaçante. Et que c'est ensuite à nous de définir ce qu'on nous mettons derrière.

Oui, il ne tient qu'à notre regard de spectateur de renverser 300 pour le voir non plus comme une oeuvre fascisante, mais une oeuvre simplement Souverainiste.

Or l'amalgame perpétuel qui est fait à notre époque entre Souverainisme et Fascisme et auquel participe, à son modeste niveau, la confusion entretenue par une oeuvre comme 300, qui mélange inconsciemment les deux à tous les niveaux, est à mon humble avis une des erreurs conceptuelles actuelles les plus graves et dommageables :


Non, quoiqu'en pense les néo-conservateurs Américains, à l'heure actuelle, la Puissance hégémonique et prétentieuse qui ambitionne de recouvrir le monde dans un règne tyrannique et sans partage, parce que ce serait sa "destinée manifeste", elle ne vient pas d'un territoire de l'Est (suivez mon regard)...

Et non, quoiqu'en pense les néo-gauchistes Français, converti par auto-détestation au Dogme supranational, vouloir défendre sa terre contre toute forme d'asservissement extérieur afin de rester libre de décider Souverainement de notre avenir collectif, ce n'est pas une attitude fasciste...

Broutchlague
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le 9 mai 2023

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