Il est vrai que les bonnes intentions suffisent rarement à faire un bon film. Il arrive néanmoins que, par le miracle d’un tir rectifié juste à temps, l’injection de ces bonnes intentions au sein du métrage fassent quelques étincelles. C’est le cas pour « A genoux les gars ».
Le film d’Antoine Desrosières est de sensibilité féministe très affichée, et possède une vocation pédagogique claire (le réalisateur a d’ailleurs annoncé l’année dernière son projet de création d’une série de vidéos éducatives traitant de la sexualité).
Son but: aborder, auprès des nouvelles générations, les questions de consentement, de domination masculine et de sexualité féminine (comprenant, bien sûr, les notions de désir et de plaisir). Déjà, les déçus, recalés et gavés du féminisme soupirent d’agacement, et ceux qui, comme c’est mon cas, conservent un certain engagement tout en craignant qu’un jour, s’en réclamer ne soit plus qu’adouber un ramassis de mentalités et d’actions qu’ils détestent (voir les récentes affaires de censures provoquées par des organisations « favorables au droit des femmes », et la misandrie de plus en plus aiguë de ces mêmes collectivités) sont pris d’une certaine appréhension en lançant le film, de peur d’y trouver, comme dans déjà un bon nombre de films hollywoodiens à gros budget, l’habituel bourrage de crâne sur l’émancipation de la fâââââme, qui vous comprenez a été maintenue sous cloche pendant des siècles-ce qui est assez vrai, mais je pense qu’actuellement en Occident, à part les petites franges puantes de Mgtow et d’Incels, qui restent malgré tout minoritaires, tout le monde a bien accepté l’idée. Reste à mettre en pratique l’égalité, mais à ce moment-là, personne n’est d’accord sur la façon de le faire. Bref, le féminisme contemporain est parfois un beau bordel.
La première bonne surprise à propos d’ « A genoux les gars », c’est que si il n’est pas d’une finesse folle, il évite cet écueil d’assénage de leçons au burin, grâce notamment à l’atmosphère candide qu’il développe pendant toute sa durée, par ailleurs tout à fait adaptée à son propos. Candeur due, justement, à son aspect amateuriste, qu’on lui a beaucoup reproché: les dialogues parfois improvisés, l’interprétation chaotique et la maladresse de la mise en scène teintent le métrage d’une spontanéité et une franchise qui effacent l’aspect « cours magistral » que l’on craignait de subir-et rendent d’ailleurs certains moments hilarants.
Néanmoins, l’objectif éducatif du film se fait énormément sentir. Trop, parfois. Entre ces scènes qui varient très peu, éternellement filmées en plans fixes et où le décor ne fait office que de toile de fond, et ces dialogues interminables destinés à nous « faire passer un message », le film en oublierait presque de raconter quelque chose, ou d’approfondir ses personnages. Je dis « presque » car passée une première heure assez laborieuse qui voit deux têtes de bites (c’est mérité) essayer d’imposer leurs désirs et deux filles trop bonnes trop connes essayer de composer avec tout en interrogeant les leurs, « A genoux les gars » parvient enfin à trouver un scénario et une direction. Certes, les échanges « à message » un brin lourdauds continuent, mais ils font désormais avancer l’histoire. Quant aux héros (héroïnes en particulier), ils et elles prennent davantage corps-c’est le cas de le dire-et deviennent des personnages de fiction à part entière, pluridimensionnels et imprévisibles. Quant à la mise en scène, s’il faut attendre une très réjouissante séquence de fin pour la voir acquérir un peu d’originalité, on se dit que ça valait la peine d’attendre.
Et le message féministe alors ? Peut-être ne plaira-t-il pas à tout le monde: les garçons, une nouvelle fois, n’y ont pas le meilleur rôle (même si on voit très vite qu’ils sont plus bêtes que méchants). A côté de cela, on peut grandement apprécier l’audace des personnages féminins du film, qui non contentes de se jouer d’eux, s’émancipent et réalisent leurs propres désirs. Pas d’esprit revanchard là-dedans, juste une grande malice, soulignée d’ailleurs par les chansons aux voix féminines qui accompagnent l’intrigue. Et c’est peut-être, au fond, ce qu’il fallait au féminisme contemporain et ses habituels débats sur le corps des femmes: une insouciance comique pour aborder des sujets parfois trop lourds, ou trop alourdis.
Bref, à poil les filles, et profitez-en bien...