Les films d'espionnage ont bon train aujourd'hui : les James Bond, les Mission : Impossible, Kingsman, les adaptations de Sherlock Holmes, OSS 117, on pourrait même caser les Marvels dans le genre du film d'action avec humour. A tel point que peu osent prendre le genre vraiment au sérieux, préférant aller du côté du pastiche drôlatique à moitié assumé. De toute façon, avec Guy Ritchie aux commandes, le contraire aurait été surprenant tant son style a toujours lorgné du côté de la série B branchée. Un style entre l'esthétisation de Snyder et le pastiche de Tarantino, s'il fallait vraiment faire des comparaisons.
Ce Man from UNCLE (gardons le titre orginal) ne déroge pas à la règle, même s'il faut avouer que j'ai eu très très peur au début d'avoir affaire avec une sorte d'OSS 117 pris au sérieux, ce qui aurait été horrible mais reste malheureusement la réalité des vingt premières minutes. Le problème avec le film, c'est que si les codes de Ritchie rafraîchissaient le style un peu vieillot de Sherlock Holmes ou donnaient à voir des films de mafia avec un ton assez original, dans le film d'espionnage ils sont de fait terriblement éculés. Les écriteaux jaunes, les flashbacks incessants servant de mini-cliffs, les split-screens classieux, tout cela a déjà été vu bien cent fois. Pire, certains effets sont vraiment effectués à l'identique de parodies comme justement OSS 117 (les split-sceens, les flashbacks rappelant l'hilarant gag du micro-film, un rappel qui n'est clairement pas une bonne chose ici...). Sauf que dans l'esthétique de Ritchie, ces effets sont relativement sérieux.
Car UNCLE est certes un film drôle, mais n'est pas pour autant un pastiche. Le scénario est 100% sérieux, avec des méchants comme on en voit tout le temps dont le film ne se moque jamais, un déroulement classique de sauvetage de monde et vrai-faux jeu de dupes, et des personnages principaux archétypaux. Du coup, l'esthétique de Guy Ritchie n'invente rien tout en donnant l'impression d'être originale, développe une suite de cliffhangers fatigante à la longue, devient finalement prétentieuse dans son illusion de pastiche.
Cependant, le film dispose d'une bonne surprise et de la seule vraie qualité du film : l'espion russe et le duo qu'il forme avec l'américain (qui est lui, totalement cliché, inintéressant et pas drôle). Cette sorte de caricature de l'espion viril qui cache en fait une vraie personnalité est ainsi vraiment attachante, et permet du coup un mélange de sérieux et d'humour qui fonctionne car présent au sein même du personnage. Le running gag de la "father's watch" est par exemple assez hilarant, tout comme la scène de la poursuite en hard boat, parfait mélange de sérieux et de second degré.
Il est du coup dommage que le film désamorce complètement sa seule tentative de dramatisation intéressante à la fin du film, transformant un duel potentiellement émouvant en ouverture de porte pour un futur deuxième opus. Ce qui reste logique étant donné l'origine sérielle du projet (The man from UNCLE étant à la base une série télévisée américaine des années 60), mais décevante à l'échelle de ce film seul.
Si vous attendez un petit divertissement d'action avec peu d'ambition, le film de Guy Ritchie vous conviendra peut-être, mais il faudra faire l'impasse sur la prétention esthétique du film et son intrigue réchauffée, toutes deux totalement ratées de bout en bout.