Alors que dans les trois autres films de Haneke que j'ai pu voir, où la froideur et la noirceur de ce qui était montrer dans le film servait plus de thèse pour une réflexion sur la violence, de comment on la perçoit, de comment elle s'infiltre en nous et avait au final très peu d'humanité. Ici c'est tout l'inverse, certes il y a une violence extrêmement dure mais cette mise en scène froide vient non pas nous mettre à distance avec les personnages mais plutôt créer une pudeur sur ce qu'il nous montre. Il ne nous mets pas à distance mais, étrangement, nous mets en empathie (surprenant venant du bonhomme).
Mais cela n'est pas due que à cette mise en scène, très léchée certes mais aussi très pudique, mais aussi grâce aux acteurs. Alors il faut ce faire à la diction de Emmanuelle Riva qui est assez particulière, mais ensuite tout est fabuleux. Elle joue un rôle très dur tout de même, devoir joué une telle faiblesse ne doit pas être si facile. Mais c'est surtout Trintignant qui illumine le film, de par sa voix douce, sa présence chaleureuse, il donne une ambiance toute particulière par rapport aux horreur que l'on voit avec lui qui est toujours là, bienveillant. Notons aussi Isabelle Hupert qui joue un petit rôle mais ces apparitions n'en reste pas moins très juste et touchante.
Car oui, malgré la dureté de certaines scènes (je pense notamment à celle où l'aide soignante lave Anne qui est... ouf), il y a en a quelques unes qui sont d'une grande tendresse. On peut par exemple parler de Anne qui joue avec son fauteuil électrique dans le couloir, la scène où Georges se souvient d'un film qu'il a vu enfant ou bien au tout début lorsque que Georges dit à sa femme qu'il l'aime, simplement comme ça. C'est simple, c'est doux, c'est beau. Et cela est permis (douceur comme noirceur) par la lenteur des scènes. Oui le film est lent, mais il permet alors aux émotions de gagner de l'ampleur, de permettre de voir ce que c'est d'avoir plus de 80 ans. Tout est lent, les phrases, les mouvement (comme quand Georges entend ça femme hurler qui marche aussi vite qu'il peut et pourtant cela nous parais presque marcher). Cette dureté n'est pas fausse pour autant, cela fait vrai et c'est pour ça que c'est insoutenable.
Maintenant parlons du défaut que certaine personne semble lui reprocher qui est, outre la belle mise en scène caractéristique de Haneke, celle-ci ne servirais à rien étant donner que le seul message du film serais :"hheeeuuu être vieux c'est dur quoi.".
Bon je vais passer le fait que en filigrane le film parle aussi d'amour, d'un amour extrêmement puissant, du traitement de la vieillesse, de l’euthanasie ou bien encore oui de la mort. On va dire que tout ça est compris dans être vieux c'est pas cool. mais j'ai envie de dire et alors ? Qu'est ce qu'on s'en fiche que le film ne soit pas une dissertation sur la sens de la vie ou sur la violence comme d'autres films du réalisateur ? Le film nous procure des émotions d'une très grande puissance, Michael Haneke utilise sa mise en scène non pas pour nous faire réfléchir (quoi que j'ai quand même donner quelques thèmes qui me sont venues durant le visionnage) mais pour nous faire vivre ce que ce couple vit. Puis en admettant que le film ne montre qu'un couple de vieux qui en chie, vous pouvez me donner d'autres films qui le fond aussi justement et aussi profondément ? Avez vous déjà vu un film qui nous montre frontalement ce que l'on n'a pas envie de voir sur ce que c'est de vieillir, ce qui nous attend tous ? Moi pas en tout cas ou pas à ce point là.
Non le film n'est pas inutile (on est presque sur un memento mori là), il nous fait vivre tout les tourments, toutes les émotions (bonne ou mauvaise) de ce couple d'octogénaire nous rappelant presque que cela nous arrivera aussi.
Je fais juste un petit paragraphe pour revenir sur le personnage de Jean-Louis Trintignant. À un moment du film Anne lui dit "Tu peut être un monstre, mais tu es gentil.". Phrase que l'on ne comprendra qu'à la fin lors du meurtre de sa femme. Mais aussi un peu plus loin alors qu'il chasse un pigeon avec une couverture puis qui écrit dans sa lettre que ce n'était pas bien difficile puis qu'il la libérer. Un peu comme ça femme au fait, il viens de la libérer de sa souffrance. Alors que il ne voulais pas laisser le pigeon (l'extérieur) rentrer dans ce huit clos infernal, il le laisse un peu rentrer pour un peu de douceur puis le libère en même temps que ça femme.
Juste en défaut je trouve la fin un peu trop longue, je pense qu'il aurai mieux valu laisser moins de temps après le pic du film. Mais bon c'est un tout petit défaut à côté du reste.
Le film est dure mais il n'est pas froid. Il fait mal mais pourtant nous rend heureux de l'avoir vu. Il est simple mais pourtant il est puissant. Bref ce film c'est comme l'amour, doux, cruel, injuste, déchirant mais pourtant impossible d'y échapper sans en être changer, au moins un peu.