Film thaïlandais sorti en 2003, réalisé par un certain Sutape Tunnirut. Cette parabole nous conte le parcours long et tortueux d'un jeune homme aveuglé et poussé au crime par ses croyances.
Résumé :
Ahimsaka étudie auprès d'un gourou lorsqu'il voit une femme nommée Nantha tenter de se suicider en sautant d'une falaise. Il la sauve, mais apprend plus tard que Nantha était destinée à épouser son maître, le gourou. Ce dernier, irrité par l'attention que porte Ahimsaka à sa future épouse, dit à son élève que le seul moyen d'atteindre l'illumination est de tuer 1 000 personnes. Ahimsaka se lance alors dans une vie de bandit de grand chemin et, dans un premier temps, il ne cherche à tuer que des bandits et d'autres malfaiteurs.
Une bonne partie de l'esthétique de ce film baigne dans des images bleutées, la photographie y est assez marquante et empreinte de poésie, bien que certains effets spéciaux numériques soient complètement datés (certains films antérieurs à 2003 ont moins mal vieilli à ce niveau-là, c'est sûr!). L'imagerie fantastico-religieuse y est récurrente, avec ces apparitions de divinités auxquelles le personnage principal est confronté pendant une bonne partie du film. Ce qui marque le plus dans ce film est plutôt l'histoire qui a sans cesse recours à des notions liées au bouddhisme et multiplie les références à cette culture. En effet, le film émet une critique sévère des dérives religieuses, met en garde contre celles-ci, et en même temps raconte une histoire pleine de sens, montre que des croyances erronées peuvent être réorientées, et que malgré les pires erreurs commises, un certain salut est toujours possible. On a rarement vu une illustration si pertinente du dicton suivant : "L'enfer est pavé de bonnes intentions". Le héros, ou anti-héros (on ne saurait trop dire, lorsqu'on voit ce film, tant les notions de bien et de mal sont brouillées) devient progressivement une sorte de tueur en série des temps anciens, complètement aveuglé par des croyances fausses. Étant donné ses remises en questions progressives, une étrange empathie surgit par rapport à Ahimsaka, malgré ses multiples exactions très gore qui parsèment le métrage. Il est difficile de mettre des mots sur un tel film, de plus en plus touchant au fur et à mesure que l'intrigue progresse.
Il est à noter que, à sa sortie, dans son pays d'origine, la Thaïlande, des leaders religieux et des bouddhistes ont tenté de faire interdire ce film, prétendant qu'il véhiculait une image distordue des enseignements bouddhistes et glorifiait la violence. Cela devrait susciter notre intérêt à découvrir cette oeuvre!