Après son Le Monde est à toi qui offrait déjà une entrevue de ce que pouvait réaliser Romain Gavras derrière la caméra, il passe ici avec le réalisateur des Misérables Ladj Ly au scénario, à la vitesse supérieure.
Course folle dès son premier plan-séquence d'une douzaine de minutes absolument magistral, il emporte son spectateur dans ce trip multi-point-de-vues narrant l'histoire de l'embrasement d'une cité fictive (Athena) suite à la mort d'un jeune garçon tabassé par les flics.
Et bien qu'il est évident (et ça commence d'ailleurs déjà) que le métrage va faire réagir sur les réseaux et les plateaux, probablement pour une bonne marge de commentateurs qui ne l'auront même pas vu, Gavras se sort de son sujet hautement polémique en créant un film anti-polémique, jamais manichéen.
Un soin particulier a été apporté au casting, qui tient sans fausse note l'enchaînement des plan-séquences de ce film choral leur laissant suffisamment de place pour se développer. Dali Benssalah, déjà présent dans le James Bond Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga, y crève l'écran, tout comme celui qui joue son petit frère aux allures messianiques Sami Slimane. A leurs côté Anthony Bajon (vu notamment dans Teddy) et Alexis Manenti (dans la bande de Kourtrajmé, et récemment superbe dans Dalva) continuent de développer, chacun de leur côté, un très beau début de carrière.
Puis les images ! Des images tout bonnement hallucinantes, dont on ne comprend pas, lors du visionnage, comment elles sont réalisées. Un veritable ballet technique, d'autant plus impressionnant lorsque l'on sait qu'elles ont été tournées avec une énorme caméra Alexa 65 IMAX, dans une cité pré-existante juste avant sa destruction. Une cité qui devient le terrain de jeu de Gavras, nous emportant dans sa suite dans les sous-terrains labyrinthiques aux cages d'escaliers anxiogènes, avec une fluidité démentielle. Un nombre de figurants dingues. Des cascades folles. Tout cela pour créer des images jamais vues ailleurs.
Si la seconde partie amène la dimension tragique promise par le titre, elle engendre également une petite faiblesse. Un petit creux de ryhtme. Un surplace un peu trop longuet et un retournement de situation peu crédible, immédiatement balayé par la fin du film monté en réel uppercut.
Bref, peu de doléances à faire à Athena, qui prouve à quel point Gavras est doué pour créer des images et de la tension. Peut-être une seule et dernière déception: ne pas l'avoir découvert sur grand-écran, avec des basses qui font trembler le siège et la poitrine.
Le grand film de cette rentrée !