Le quatrième long-métrage de Cédric Jimenez s'ouvre sur une course-poursuite magnifiquement filmée qui donne tout de suite le ton. Cette scène d'introduction est suivie d'un plan séquence sublimé par Baby Blue du rappeur américain Action Bronson dont les paroles vont confirmer le registre de l'œuvre.
Why you always all on my back?
Why you gotta do me like that?
Because you treat me like shit
I paid for the bed and never even slept in it
I paid for that crib I never stepped foot in
And now somebody else is eating all the pudding
On sait donc à quoi s'attendre et ça va pas être tendre. BAC Nord parle avant tout des conditions de travail des trois protagonistes : Greg, Yass et Antoine. On les découvre dans leur quotidien et on comprend vite qu'ils ne font pas le métier le plus simple du monde. Ces trois baqueux sont confrontés à la brutalité des jeunes des quartiers Nord de Marseille dans une grosse première moitié de film puis à l'austérité de la hiérarchie policière dans un second temps. L'adversaire change mais la réalité est à la même. Impuissants, isolés et humiliés, notre trio va devoir se montrer solidaire face au monde hostile qui l'entoure.
On découvre donc trois personnalités singulières qui vont se recentrer sur leurs valeurs respectives pour s'en sortir : Antoine se bat pour l'honneur et le respect de sa parole, Yass se bat pour sa famille, une femme et un nouveau-né qui lui donnent une raison de ne pas mourir, et enfin Greg met tous ses espoirs d'émancipation dans son travail, mais la prise de conscience du cadre dans lequel il évolue lui donnera du fil à retordre.
Ce postulat est intéressant et si on l'ajoute aux nombreuses scènes d'interventions merveilleusement maîtrisées, on pourrait espérer un excellent thriller. Mais sur un sujet aussi sensible, Cédric Jimenez fait preuve de bien trop de maladresses pour convaincre. Le choix de prendre l'unique point de vue de la BAC peut se justifier, mais l'absence de nuances entre les différents parties plombent le propos. Les jeunes de banlieues sont dépeints comme des barbares sans pitié et l'officier Jérôme ou l'IGPN comme des ripoux immoraux. Seul notre trio semble avoir développé un brin d'humanité et c'est ce qui les condamnent. Ecrire un film où les seuls personnages empathiques sont des agents de la BAC, il fallait quand-même oser, chapeau.
Une multitude d'autres sujets sont esquissés et auraient peut-être mérités d'être approfondis : la dualité entre métiers de bureaux et métiers de terrain qui amènent des confrontations inévitables, l'intérêt de remplir des quotas ou les relations indicateur / policier, mais là encore le réalisateur natif de Marseille se plante en restant flou sur les liens qui ont rapproché Amel et Antoine. Le manque d'épaisseur des seconds rôles pèsera d'ailleurs beaucoup dans l'émotion finale.
La passe était belle, le contrôle parfait mais la frappe s'envole en tribune.