Better Man
6.8
Better Man

Film de Michael Gracey (2024)

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Success story remportée de haute lutte

Je ne sais trop quoi penser de ce biopic. Je suis partagée.


La première chose dont je suis certaine pour commencer, c’est que ce film mérite d’être vu en VO, que ça plaise ou non. Les traits d’esprits, le sarcasme, l’humour potache, les jurons seront toujours plus audibles en anglais, avec les voix et intonations d’origines. Traduit, cela créé un décalage avec les partis pris fantastiques du film.


La forme. Une idée géniale. Robert Williams est différent des autres gosses, une différence qui s’accentue avec l’âge et la célébrité. Ni l’homme ni le chanteur ne s’adaptent, ils fuient autant qu’ils font fuir. Ils apparaissent en chimpanzé. Le choix de cet animal ne peut qu’intriguer : menacé d’extinction par les humains ; cas d’espère dans sa différence tout autant que sa proximité avec les humains, aussi bien physique que mentale. Allégorie exemplaire qui permet au spectateur de croire immédiatement à ce personnage écartelé, mi-humain mi-animal.


Robbie Williams se revendique dès l’enfance show-man et le devient, conscient de son potentiel créatif fascinant : le spectacle qu’offre ce film est à la hauteur, grandiloquente, du performer. On en prend plein les yeux, plein les oreilles, sophistiqué. Ça brille de mille feux, explosif. L’ambiance comédie musicale traverse toutes les époques, depuis les boys band meanstream des 90’ jusqu’aux « Seul en scène » perfectionnés du XXIe siècle. Pour ceux, comme moi, qui ignoraient tout de Robbie Williams (et encore plus de Robert Williams), son tube « Angels » ravive la mémoire de fin du siècle dernier, pop et glam rock, excessif. Un titre planétaire qui déchire.


Ce film est plus que ça : la mise en scène de prouesses scéniques egotiques d’un véritable athlète et d'un artiste fragile, pour qui tout est allé trop vite sans un entourage (pro-perso-amical) solide.


Artiste, Robbie Williams l’est depuis toujours à l’intérieur de lui, il ne le devient qu’à force d’épreuves et de sorties de routes remarquables. D’ailleurs là est le nœud gordien : Robert puis Robbie n’ont de cesse de se faire remarquer et bien souvent, pour y parvenir : ils chutent. Vertigineux.


Sa vie son œuvre transpirent de cette reconnaissance qu’il attend et qui semble ne jamais le satisfaire lorsqu’elle arrive. Parce qu’elle ne se manifeste jamais de la part de l’unique personne attendue : son père, qui l’a abandonné alors qu’il n’était qu’un môme entiché de ce paternel fantasque et fanfaron. Il veut lui ressembler, le dépasser, le supplanter, tuer le père. Ça ne fonctionne pas tant qu’il s’auto-sabote et se limite, anxieux et orgueilleux.


Sur le fond, j’émets quelques réserves. Le propos me semble un poil hagiographique et me fait penser à une démarche marketing visant à nous vendre Robbie Williams, cette bête de scène qui sait faire preuve d’autodérision et de sincérité face à ses démons, qu’il finit par terrasser dans un processus initiatique tardif et expéditif. Pour ma part, je n’ai pas ressenti une empathie spontanée pour l’artiste superfétatoire, qui se rajoute à l’homme egocentré conscient de son narcissisme. Il a beau se repentir et tendre la main à son enfant intérieur, ça sonne faux. Parce qu’il oublie une chose : ce n’est pas à lui de s’accorder le pardon et de l’accorder aux autres, c’est aux autres d’y réfléchir. Ce n'est pas à lui de révéler l'issue, c'est à l'Univers ou quiconque de supérieur. Comme si ce film cherchait à rétablir un prestige évanescent : seules les chansons de l’artiste et son humilité le peuvent. À lui seul, le subtil et très impatient chimpanzé Robbie Williams, incarne le présumé innocent, l’avocat, l’avocat général, le procureur, les jurés, le président du tribunal et le juge d’application des peines. Et puis l'idée du biopic d'un type de cinquante ans (jeune, beau et talentueux), au firmament quel que soit son répertoire, dont les tourments sont précisément ceux d'un artiste (quête de reconnaissance, incompréhension, famille, différence liée à une créativité exacerbée et une hypersensibilité), me fait l'effet d'un caprice. Peut-être que le véritable sujet de ce film portait sur le revers d'une ascension plutôt que sur sa fulgurance, sur les démons, doubles sataniques de l'artiste (sont-ils terrassés pour de vrai pour poser un point final à ce biopic ou demeurent-ils ?), la vérité de la dépression et les TS, sujet détourné, d'autant plus qu'il s'agit d'un film de Fantasy.


Je ne peux qu’être admirative du courage phénoménal et de l'obstination qu’il met en scène pour faire surgir l’Artiste qu'il est indéniablement, des limbes de ses entrailles. Que j'émette des réserves est peut-être le signe qu'en tant qu'artiste (toutes proportions gardées) en quête de reconnaissance, j'ai traversé des écueils que ce film me renvoie en pleine figure.


Pour terminer, quand on prend ce film pour ce qu’il est : du divertissement, on passe un bon moment et on verse une larme, face à cette success story remportée de haute lutte.


Suite #additif #vo #versionoriginale #bis


La meilleure version de Robbie Williams ? Ce chimpanzé qui le représente dans « Better Man ». Qui émeut aux larmes, irrésistible. À Robbie Williams, Robert avant lui, il n’a manqué qu’une chose, essentielle : le manque d’attention et d’amour d’un père obnubilé par la folie des grandeurs. Son rêve omniprésent de gloire, c’est tout ce que ce père a légué à son fils avant de l’abandonner.

Pas tout à fait. Il lui a aussi refilé « le truc ». La manière de l’obtenir : « prendre tous les risques, coûte que coûte ». Et son corollaire : la dépression.

Ce chimpanzé tendre et éruptif aux yeux céruléens ressemble trait pour trait à Robbie Williams : gosse populaire, artiste fascinant, homme attachant.


J’avais déjà rédigé une chronique du film « Better Man » après l’avoir vu en VF. Une projection qui ne m’avait pas convaincue. J’ai pu assister à une nouvelle projection en VO et ça change tout.

Le film est traversé par une démesure inflammable et un humour décapant très anglo-saxons, qui font la différence entre Robbie Williams et les autres. Parce que né différent. Né subjugué par le sommet. Né pour conquérir.

Robbie Williams souffre de dysmorphophobie : son cerveau est régi par le culte de l’apparence et le biopic avertit de contacter le 3114 si l’on constate un proche à la santé mentale défaillante et aux pensées suicidaires.

Robbie Williams s’est soigné, a vaincu drogue et alcool, a séduit père et mère, a apprivoisé la mort, s’est marié, est devenu père et cet artiste total, véritable show-man face à des stades de 125.000 personnes.

Lutter lui a appris l’exigence. Combattre la maladie à s'aimer.


En VO, on s’en prend plein les yeux et les oreilles, on se soustrait du monde pendant près de 2h30 pour le bonheur de nos chakras.

Isabelle-K
7
Écrit par

Créée

le 2 févr. 2025

Modifiée

le 8 févr. 2025

Critique lue 6 fois

Isabelle K

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