Un jour, Alan Parker, réalisateur et scénariste issu de la publicité, décide de créer un film pour ses enfants. Sans savoir que faire, c’est finalement son ainé qui trouve la bonne idée : puisqu’il s’agit de toucher le jeune public, pourquoi ne pas monter un casting composé uniquement d’enfants ? Bugsy Malone était né. S’engage alors un long processus d’audition, autour duquel les anecdotes ne manquent pas. Les acteurs, pour la plupart non-professionnels, ne feront jamais carrière, si tant est qu’ils en aient eu envie.
L’histoire elle-même est relativement simple : une bonne vieille guerre des gangs aux faux airs de guerre des boutons, avec entre les deux Bugsy Malone et son amie Blousey. Classique, mais bien écrit, et avec un focus sur le milieu artistique, puisque le cabaret de Fat Sam, un chef mafieux, embauche chanteurs, danseurs, et autres pianistes.
Là où Bugsy Malone change la donne, c’est qu’il ne s’agit pas de faire tourner des enfants dans des rôles d’enfants ; nous ne sommes pas dans Big City, où les personnages reprenaient les affaires de leurs parents, mais restaient fondamentalement des enfants. Non, le concept, c’est de leur attribuer des rôles d’adultes, avec des comportements d’adultes. Ainsi, ils portent maquillage, et certains arborent même une moustache.
Là où nous retrouvons quand même un côté enfantin, c’est dans les voitures – uniquement à pédales – et surtout dans la dédramatisation de la violence, puisque les armes sont remplacées par des tartes et les balles par de la crème. Donc même si nous restons, mine de rien, dans une histoire de gangsters, il n’y aura ni morts ni blessés. Tout au plus, les personnages auront la décence de disparaitre du scénario s’ils sont touchés. Pour autant, il ne s’encombre pas d’une fausse naïveté, et évoque de front la mafia, la prohibition (mais pas d’alcool), ou encore la détresse sociale.
Nous pourrions penser que l’intérêt de Bugsy Malone ne survit pas à son concept, qui tiendrait alors plus d’une curiosité ; ce n’est pas le cas. Car Alan Parker voit plus loin que le film de gangsters avec des enfants : il veut tourner une comédie musicale. Dans cette optique, il va engager ni plus ni moins que Paul Williams, qui vient d’être nominé deux années de suite aux Academy Awards, et vient surtout de signer la bande-originale d’une autre comédie musicale, d’un style radicalement différent : Phantom of the Paradise. Ici, son travail – qui lui vaudra une nomination supplémentaire – répond à toutes les attentes que nous pourrions avoir concernant ce genre de production : les chansons sont entrainantes, donnent envie d’entrer dans la danse avec les personnages, et restent durablement en mémoire. Comme pour son précédent film – où il tenait un des rôles principaux – Paul Williams interprète lui-même la plupart des airs, ce qui évidemment donne aux jeunes acteurs censés les chanter un ton des plus adultes.
Méconnu en France, Bugsy Malone jouit d’une popularité étonnante dans les pays anglo-saxons, mais à raison. Le film respire la joie de vivre, met de bonne humeur, et peut toucher absolument tous les publics.