Bullhead, présenté comme une pépite du cinéma belge, vaut indéniablement le coup d’œil, son visionnage faisant écho à cette majorité de retours l'encensant comme tel ; pour autant, au sortir de ce polar aussi électrique que froid, le constat se veut excellent comme partagé... d'où une note relativement basse vis-à-vis de sa qualité intrinsèque.
En bref ce long-métrage de Michaël R. Roskam n'a pas volé sa réputation, mais celui-ci ne s'avère pas aussi transcendant que supposé, la faute à un rythme lent n'offrant que trop peu de fulgurances ; pour autant, ceci n'est pas rédhibitoire tant ce récit, inspiré du trafic d'hormones belge et de l'affaire Van Noppen (1995), développe une intrigue fort originale et somme toute prenante.
La figure de proue qu'est l'ambiguë Jacky Vanmarsenille abonde ainsi en ce sens, l'approfondissement autour du personnage et de son lourd passé faisant davantage passer Bullhead pour un drame intimiste saisissant qu'un véritable film policier ; heureusement non délaissée, cette ossature de type polar enrobe néanmoins le tout pour le mieux, le double-jeu de Diederik et la mise à mal de la mafia des hormones se mêlant parfaitement au développement de Jacky, qui sans virer à l'introspection maladive ne manque pas de faire sensation.
Protagoniste hautement complexe, son physique de gorille cache en réalité une impuissance criante rappelant un certain Julian (Only God Forgives), mais l'on ne peut que se prendre d'empathie au terme d'un flash-back à la limite du soutenable, et à juste titre terriblement révélateur ; cette âme torturée se veut donc très marquante, d'autant que Matthias Schoenaerts crève littéralement l'écran, à l'image d'un casting ni plus ni moins irréprochable (Jeroen Perceval est superbe également).
Au final, si le dénouement piétine quelque peu, le sombre devenir de Jacky nous ramène d'une certaine manière au personnage principal paumé de Nicolas Winding Refn, enlisé dans une situation sans réelles issues (Pusher) ; pour le coup ceci s'avère fort efficient, d'autant que Michaël R. Roskam pare le tout d'une mise en scène aux petits oignons, fort d'une réalisation dans son ensemble sans anicroches et d'une BO très efficace.
En résumé il ne manque pas grand chose à Bullhead pour véritablement estomaquer (en ce qui me concerne), tant celui-ci arbore bon nombre d'éléments probants, qu'ils soient d'ordre scénaristique ou de la forme ; il convient avant tout de conclure en saluant, de nouveau, la prestation renversante d'un Matthias Schoenaerts mémorable... et ce à bien des égards.