Le film de Polanski s'attache cette fois-ci non pas à l'aventure fantastique et ésotérique mais à la dramaturgie du huis-clos, tendance que l'on voit également dans The Ghost Writer et qui, loin d'être un hasard, exprime également le huis-clos vécu depuis plusieurs années par le réalisateur.
Adapté d'une pièce de Yasmina Reza, le film se focalise autour de deux couples s'expliquant à propos d'une altercation musclée entre leurs deux fils. Si le lieu de l'action et de la dramaturgie est un appartement de Brooklyn on retrouve cependant, dans le ton de la pièce, une dimension typiquement française, issue directement du théâtre de l'absurde et de situation que Sartre avait parfaitement illustré dans Huis-Clos. Cette manière finalement très parisienne de faire des dialogues, des situations et du drame épouse cependant parfaitement New-York. La cause en est assez simple, Polanski dirige des acteurs exceptionnels : Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly.
Pourtant, loin des échappés fantastiques et aventureuses de Polanski le film est essentiellement théâtral, une tendance que l'on retrouve dans le cinéma actuel, que ce soit de ce côté ou de l'autre de l'Atlantique comme Le Prénom. Dès lors, l'intrigue est simple : une altercation musclée entre les deux camarades de classe et les deux couples de parents qui se retrouvent pour s'en expliquer. Seulement voilà, derrière les formules convenues et l'effort de compromis se cache une sourde colère et la tension montera durant tout le film, des quiproquos, des alliances, des agacements et les façades souriantes s'effondreront. Tout se passe donc sur les lèvres et les regards des protagonistes, reclus face à eux-même dans l'appartement new-yorkais. Les liens vers l'extérieur existent : le téléphone sonne plusieurs fois, mais à chaque fois il replonge les protagonistes dans la tension. Polanski prend soin aussi de distiller des symboles : les peintures de Lucian Freud et ses corps atroces et mutilés soulignent la violence de l'entrevue, puis il y a l'alcool, la maladie, évoqués par petites touches et qui contribuent à asseoir le climat dépressif et délétère du film. L'appartement, si élégant et convenu devient le lieu de rupture des tabous. Chaque personnage devient monstrueux et détestable, cynique, méchant, pervers, les couples se délitent, les conventions sociales s'effondrent.
Polanski souligne donc dans ce film l'impression d'étouffement qu'il ressent lui-même, reclu en France, en situant son film dans un pays où il ne peut plus se rendre et surtout, il abandonne le fantastique qui lui sied si bien pour s'attaquer au réalisme théâtral et faire éclater la tension dans la banalité la plus convenue. Carnage, c'est une sorte d'hymne à la colère et à l'explosion des conventions sociales.