Avec "War Horse", Spielberg a réalisé un téléfilm avec les moyens du cinéma hollywoodien. Finances colossales et talent de la mise en scène s'allient donc pour accoucher d'un film plaisant à voir et pourtant d'une platitude assez vaste. Morne plaine, aurait dit Victor Hugo. Contrairement au cheval, Spielberg n'a pas labouré son scénario, et c'est sans surprise que la récolte est mince.
Constitué comme une suite de saynètes, durant lesquelles le cheval change de propriétaire, le film peine à unifier son propos au-delà de la carte postale "mon petit poney". Le spectateur se laisse donc balader avec une sorte de complaisance passive, se réveillant le temps d'une ou deux scènes réussies (celle par exemple où l'Anglais et l'Allemand fraternisent pour sortir le cheval des barbelés), et s'énervant quand on se moque ouvertement de lui. C'est le cas de toutes les scènes où les Français parlent entre eux en anglais avec un accent absurdement exagéré ("tèle mi ze trousse, grand-père !"), qui fait même déjouer le grand Arestrup. Quand, dans la scène citée plus haut, l'Anglais s'étonne d'entendre l'Allemand parler anglais, on se marre : "T'as pas vu le début du film ? Tout le monde parle anglais, mec".
Techniquement, c'est du bel ouvrage avec Steven aux manettes, ce qui par comparaison renforce l'impression de vide laissée par les protagonistes. Les rapports humains ne dépassent jamais le stade du cliché grossier dans le film. L'acteur principal a le charisme d'une palourde, et les quatre années de boucherie pas que chevaline n'ont pas entamé son petit regard innocent de paysan cul-cul. La Grande Guerre fut sans doute l'événement le plus traumatique et violent de toute l'histoire humaine, mais le principal pour Spielberg et les personnages, c'est que le cheval soit toujours vivant, ouf !
Indéniablement, "War Horse" n'a pas pour vocation de montrer l'horreur de la guerre. En réalité, Spielberg rêve ici de devenir Frank Capra, et 14-18 lui sert uniquement de toile de fond. Un décor magnifique, qui s'inscrit dans la grande tradition hollywoodienne à un point qui frise la parodie grotesque. Ainsi, le ciel rouge vif des plans de fin appelle dans un écho appuyé ceux des westerns de Ford ou Hawks. Quand tous les camarades du héros se cotisent pour qu'il puisse racheter Joey, on lit en filigrane l'hommage à la solidarité des habitants de Bedford Falls qui viennent en aide à George Bailey dans "La Vie est belle". Alors si le spectateur ne s'ennuie pas durant la projection, il ne peut s'empêcher de trouver ce cirque un peu vain.