C'est vite torché Cobra...

L'entrée en matière du film passe comme de la crème de whisky : un fêlé à la gueule patibulaire (doux euphémisme) pête un boulon, en jouant du canon dans un supermarché au hasard des rayons. Dès qu'il rentre, on se doute que le gars est louche : en témoigne cette haine apparente qui suinte par tous les pores de sa gueule impossible, jusqu'à en avoir la mâchoire qui pendouille, tel un héroïnomane à la Burroughs. Et puis Stallone arrive avec quelques dérapages contrôlés, sans forcer, sans risquer la courbature, tout léger, l'allumette à la bouche, les Ray Ban d'aviateur de rigueur masquant son beau regard désabusé, la neutralisation du connard forcené par la force du snake semble être un exercice de routine pour Marion, une simple répétition, une récréation, que dis-je une bénédiction, un hobby, un rappel pour ne pas rouiller les muscles, une vraie symphonie poudrée à couteaux tirés.

Le ton de sa voix est très bas, son personnage est trop décontracté (ou bien c'est son jeu qui est trop relâché), ...disons que ça aide à ne pas prendre le film au sérieux, mais ça de toute manière, ce n'était pas bien difficile. Dommage, il y avait de bonnes idées : un Los Angeles plongée dans la peur, à cause d'un équarrisseur et de sa secte de joyeux bûcherons. Bon sang, la gueule du grand méchant quand même... j'en ai fait des cauchemars avec cette gueule quand j'étais petit. Simplement armé de sa bite et de son couteau ce grand méchant est un ogre, un hybride : mi-homme mi-taureau. Il n'a même pas besoin de parler l'animal, son visage musclé jusqu'aux sourcils (au-dessus c'est l'anémie), est effrayant, et, lorsque, enfin, il daigne ouvrir la bouche pour s'exprimer, à la toute fin du film, il beugle sans cesse un « PIG », adressé amoureusement au serpent à lunettes. Une vraie basse-cour à l'américaine.

Sinon... et bien, comment dire... « Cobra » fait partie de ces navets – d'action des années 1980 qui se laissent regarder tout de même, ça divertit quoi ! - Tout de même... c'est dingue comme certains films peuvent paraître à ce point aussi ingrats et disgracieux que cette verrue cinématographique à cause d'une (simple) économie de moyens dont l'usage pourrait presque être qualifié d'ostentatoire. Evidemment que ce n'est pas fait exprès... une vraie série B quoi.

La fille ne sert à rien, et, hormis sa beauté à la fois caricaturale et innocente de "témoin-qui-passait-par-là" dont on se lasse finalement très vite, tant elle ressemble à une poupée de cire, il faut se rappeler qu'elle fait tout de même le premier pas vers Stallone, qui nous rappelle à l'expression de Sylvain Tesson : « même amoureux, le serpent a du mal à franchir le pas »... une fausse histoire d'amour, une vraie bouse, un divertissement, un vrai plaisir coupable.

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le 28 mai 2014

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Errol 'Gardner

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