Colonia déborde de potentiel, mais est selon moi enchainé de deux boulets : Emma Watson (et Daniel Brühl dans une moindre mesure), et l'histoire.
Emma Watson ne joue pas mal, loin de là. Mais le problème de Colonia est d'avoir pu la récupérer dans son casting. Quelle aubaine cela du être pour ce réalisateur (que je connaissais absolument pas) ! Quelle opportunité ! Du coup, son rôle est complètement démesuré. Cela se voit jusque dans l'affiche, qui l'utilise comme unique argument de vente. On dirait que le film était au départ censé traiter de Colonia Dignidad, mais a finit par traiter d'Emma Watson. Même histoire avec Daniel Brühl. Le problème réside dans le fait que ces deux acteurs sont constamment mis au devant de la scène, éclipsant ainsi les seconds rôles, les vidant de leur substance.
Là où ceci devient d'autant plus dommage, c'est que Michael Nyqvist se fait en quelques sortes voler la vedette. Son rôle de guru de la secte Colonia Dignidad est puissant. Son jeu d'acteur est absolument saisissant, à la manière d'un Niels Arestrup dans Un Prophète. Colonia traite avant tout de cette secte perdue au fin fond du Chili et sous l'emprise de ce guru. Je ne m'y attendais pas du tout et ais été agréablement surpris, moi qui pensait voir un film sur Pinochet.
La vraie force de Colonia réside donc dans le traitement de cette secte. C'est là où selon moi le potentiel est gâché. On aurait pu en voir davantage sur cette secte. Donner davantage d'importance aux seconds rôles, à ceux qui se sont fait manipuler dès leur plus jeune âge, abusés du guru. Le quotidien de ces gens. L'histoire de ce guru, ses motivations, etc ... Potentiel gâché par l'omniprésence d'une pseudo-romance ridicule premièrement. Deuxièmement, par la volonté presque inutile de rattacher sans cesse Colonia à l'histoire, à Pinochet, au pseudo-rôle de journaliste d'investigation de Daniel. Ces choses-là sont complètement accessoires face au potentiel qui résidait dans la secte Colonia même. Peu m'importent Pinochet et la résistance (très accessoirement présentée d'ailleurs) face aux horreurs perpétrées dans la secte Colonia Dignidad. Ou à l'inverse délaisser Colonia Dignidad pour se concentrer sur Pinochet et la résistance ? Mais en tout cas le film n'arrive pas à traiter les deux à la fois.
Je dirais donc que Colonia aurait pu être un excellent film s'il s'était concentré sur la secte Colonia, l'avait creusée davantage, avait mis de côté Pinochet et les romances à deux balles, avait dirigé Emma Watson et Daniel Brühl non pas comme des arguments marketing mais pour leurs grandes compétences artistiques, et avait finalement donné à Michael Nyqvist l'importance qu'il méritait amplement. Mais ça fait beaucoup de si ...