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Zemeckis my ass !
C'est avec beaucoup d'envie que je me suis tourné vers ce film, la fiche technique laissait rêveur, Robert "Back to the Future" Zemeckis à la réalisation; Jodie Foster, James Woods, John Hurt ou...
le 11 oct. 2014
La sortie il y a un an de Premier Contact, du réalisateur canadien Denis Villeneuve, est l'occasion de revisiter ses sources d'inspiration. De Rencontre du 3ème Type à 2001 : l'Odyssée de l'Espace, c'est peut-être aussi et surtout du côté de Contact que le film puise sa référence la plus solide, et par conséquent à Carl Sagan, auteur du script original. Une occasion donc de revoir l’œuvre de Robert Zemeckis avec un regard neuf.
Contact est l'adaptation d'un roman de l'astronome Carl Sagan, célèbre pour sa série de vulgarisation scientifique Cosmos et pour être l'instigateur du projet SETI, visant à envoyer un message dans l'espace et au cœur du sujet de Contact.
L'adaptation de Robert Zemeckis est relativement fidèle au roman, en tout cas bien plus que la plupart des adaptations, mais recèle quelques différences à la fois dramaturgiques et contextuelles. En effet, l'époque de Sagan était fortement marquée par la Guerre Froide. Ainsi dans le roman, Ellie Arroway collabore avec les services soviétiques, avant que USA et URSS ne séparent leurs recherches dans une compétition pour réaliser la première machine spatio-temporelle avant l'autre. Si cela fait écho aux prémices de la conquête spatiale, remportée par Neil Armstrong et la NASA, elle n'a plus lieu d'être à l'époque du film. Aussi, dans le roman, La machine peut transporter 5 individus, et un consortium international sera alors envoyé. Exit donc la coopération mondiale dans le film de Robert Zemeckis, qui choisit d'en faire une histoire américano-américaine. A chacun de juger cela profitable au propos ou non.
Une autre différence notable est le background psychologique d'Ellie. Si dans le film, elle n'a jamais connu sa mère et affronte le décès de son père très jeune, sa mère est bel et bien vivante dans le roman. Une volonté de la part de Zemeckis d'enfoncer son histoire dans un pathos pas forcément à-propos, alourdissant une mise en scène qui oublie trop facilement, du moins dans sa première heure, une histoire déjà très dense.
Les similarités avec Premier Contact se font déjà sentir. Une protagoniste forte, seule dans un monde masculin porté par une vision obtuse de la situation. Si Louise doit faire face à la rigueur intellectuelle des militaires et scientifiques, Ellie se bat constamment contre le scepticisme des hommes, tantôt pour des raisons financières, tantôt pour des questions métaphysiques.
Mais elles ne sont pas un calque l'une de l'autre. Ellie est une scientifique rigoureuse, qui ne croit que ce qu'elle peut prouver et s'oppose farouchement à la croyance. Louise, elle, doit au contraire contourner les règles strictes de la science, à l'égard de laquelle elle émet plusieurs critiques, afin d'affirmer sa vision subtile de la compréhension extra-terrestre. Coup de bol pour nos deux protagonistes, l'approche des extra-terrestres dans les deux films correspond à leur approche personnelle... Si leurs rôles avaient été inversés, Ellie n'aurait peut-être jamais compris le langage Heptapode et Louise ne serait probablement jamais partie vers cette destination inconnue.
Passées les lourdeurs et facilités scénaristiques de Contact, le film révèle dans sa deuxième moitié un fond admirable et similaire à celui de Premier Contact. Il pose en effet la question de la compréhension du message étranger. Métaphore de notre condition babylonienne, incapables de nous comprendre en tant que civilisation singulière, déchirés par nos différences tenaces de langage et de culture, la morale des deux films nous invite à transformer cette vision individuelle et de voir la Big Picture, comme le suggère Ellie devant un parterre d'hommes d'affaire. Il est donc dommage que Zemeckis ait fait le choix d'occulter cela en américanisant le point de vue d'une telle découverte, alors que Villeneuve laisse paraître une issue différente, lorsque les drapeaux de toutes les nations flottent ensemble, autour d'un nouveau drapeau heptapode fédérateur. Si en 1997, on considérait que l'humanité n'est pas prête, il semble en être autrement 20 ans plus tard.
Contact et Premier Contact se distinguent également sur les oppositions de point de vue. Si le film de 1997 pose une question intéressante, à savoir "est-ce que l'humanité est plus heureuse depuis qu'elle s'est débarrassé de la foi ?", c'est dans le propos final qu'il révèle son trésor : de retour de son voyage extraordinaire aux confins de l'univers, personne ne croit Ellie. Elle aura alors besoin de cette foi qu'elle a toujours refusée pour être prise au sérieux.
Si dans le même ordre d'idée, Louise a eu besoin de la science de Ian pour déchiffrer le message heptapode, l'impact intellectuel de cette fusion n'est pas aussi fort que celui de Contact et l'on retrouvera toute la philosophie de Carl Sagan, scientifique mais pas scientiste, pour qui la science n'est pas l'ennemie de la foi mais son alliée. Pour lui, nous avons besoin de ces deux visions et l'une est inséparable de l'autre. Il dira d'ailleurs à ce sujet :
Science is not only compatible with spirituality; it is a profound
source of spirituality.
Si les similarités entre les deux œuvres sont nombreuses sur la forme mais également sur le sujet de fond, Premier Contact fait office de réactualisation de l'approche de Carl Sagan et non de remake. Depuis les années 50 la science et nos sociétés avancent à pas de géant. Ce qui était vrai en 1985 ne l'est déjà plus dans les pensées de 1997, elles-mêmes obsolètes en 2017. A l'époque du roman Contact, la pensée quantique en était à ses prémices. Les ordinateurs pensaient encore en binaire, l'internet n'existait qu'à l'usage des militaires et le monde était séparé en 2 blocs. Aujourd'hui, nous commençons à réaliser toute l'implication de la chaîne infinie de nos causes et nos conséquences, de l'intérêt primordial de réfléchir l'humain comme un tout planétaire et non des fragments nationalistes. La pensée binaire atteint ses limites et nous entrevoyons la multiplicité des dimensions de l'univers qui nous enveloppe. C'est la morale finale du livre de Carl Sagan, et c'est la réalité d'aujourd'hui. Scientifique visionnaire, son influence, et par-là même l'influence de Contact sur la Science-Fiction, mérite d'être revue à la hausse.
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le 12 nov. 2017
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