Difficile, en ces temps de pandémie, de ne pas voir uniquement Contagion (2011) et son virus MEV-1 uniquement par le prisme du SARS-COV-2. C'est difficile car c'est bien le contexte qui m'a enfin donné envie de voir ce film aux fausses allures prophétiques, qu'on frissonne d'autant plus qu'on se sent concerné. Et qu'il est particulièrement intéressant de s'adonner au jeu des sept différences entre la réalité et cette fiction réaliste. Malheureusement, ce prisme est trop temporaire par nature pour être fondamentalement intéressant. Aussi je vais essayer d'en faire abstraction au maximum.
Spoilers ahead.
Contagion a pour lui un concept à ma connaissance assez unique : décrire de manière globale et réaliste une pandémie mondiale. Pour ce faire, Soderbergh s'appuie sur une construction de film chorale, chose qu'il apprécie particulièrement, ce qui lui permet de suivre plusieurs personnages-clés : le directeur du CDC, le mari de la patiente 0, une enquêtrice de l'OMS, etc. Sa réalisation, réaliste et plus posée que pour d'autres de ses oeuvres, renforce sa démarche. L'image tire sur le jaune, évoquant bien sûr à la fois la maladie et la couleur des sigles de contamination biologique. Le tout est porté par des stars irréprochables, en particulier selon moi Laurence Fishburne, particulièrement charismatique.
Tous les ingrédients, l'intention, la réalisation et l'interprétation, sont donc bien là. Tous, sauf un. L'écriture, de Scott Z. Burns, est parfois vraiment à la ramasse. Pourtant, les deux premiers tiers du film, la montée en puissance de l'épidémie et toutes les sous-intrigues associées, fonctionnent bien, à quelques détails près. Mais là où tout s'effondre est la dernière partie, à partir de la découverte du vaccin.
Ça ne marche plus pour moi car aucun arc narratif n'a véritablement de conclusion, sauf celui du vaccin qui sauve le monde. À quoi aura servi toute la recherche du patient zéro ? Que devient le village chinois ? Quel est l'impact de la mutation du virus ? Les passes-droits/maladresses du directeur du CDC lui couteront-ils son poste ? Le monde de manière générale est-il changé par la pandémie, ou est-ce que tout redevient comme avant ? Etc.
Certes, le film se veut réaliste, et dans la réalité on n'a pas toujours de conclusion. Mais c'est méprendre le fait qu'un film ne peut pas, selon moi, imiter la réalité, mais éventuellement l'émuler tout en gardant, de manière plus ou moins discrète une certaine structure narrative (entre autres). Sinon, il suffirait de filmer son quotidien pendant 1h30 pour pondre un film, ce qui n'est manifestement pas le cas.
On retrouve le même soucis au niveau des personnages, qui n'évoluent pas d'un iota au cours de l'histoire. Enfin si, on peut argumenter que deux d'entre eux suivent un arc narratif, malheureusement c'est fait de manière très maladroite :
- Le docteur Ally Hextall (Jennifer Ehle), très procédurière, casse les codes en décidant de tester un vaccin sur elle-même. Bon, c'est maigre, mais pourquoi pas. Le seul soucis c'est qu'on a l'impression qu'elle prend un tube au hasard (numéro 57) avant d'aller s'infecter, et on ne sait absolument pas ce qui justifie une telle confiance en elle à ce moment précis.
- Leonora Orantes (Marion Cotillard), qui subit un syndrome de Stockholm avancé envers le village qui l'a kidnappé. Sauf que ça mène à l'abandon complet de la recherche du patient 0, présenté comme crucial et dont in fine tout le monde se fout. Et également, on entend plus parler d'elle de son enlèvement jusqu’à la fin du film, donc on ne voit pas son évolution.
Il faut aussi rajouter que le troisième acte est assez faible dans son rythme. Le vaccin est trouvé, on sait que l'humanité va en réchapper, on a jamais vraiment peur pour les personnages à partir de ce moment précis et la dernière demi-heure consiste à nous montrer un "nettoyage" en fin d'épidémie. Réaliste, peut-être, mais encore une fois narrativement trop faible à mon goût.
Bref, Contagion est un film au concept et à la démarche intéressants, mais gâché par sa dernière partie qui ne sait manifestement plus où aller et quoi nous raconter. C'est d'autant plus dommage que ça annule presque pour moi l’intérêt de ses deux premiers tiers. Il peut malgré tout valoir le détour en période d'épidémie...