Est-ce que l'ex-groupe de Jack White (White Stripe) a vu ou s'est inspiré du film d'Ingmar Bergman ? Mystère !
(j'ai en tout cas jamais lu quoi que ce soit allant dans ce sens).
Toujours est-il que les points de convergence sont légion: un certain dépouillement, une certaine forme d'aridité et de radicalité. Et puis, bien évidemment, surtout, surtout, ces couleurs rouges et blanches, omniprésentes, éclatantes !
Bon, puisqu'on en sait rien et que ce n'est finalement pas très important, recentrons-nous sur le film de Bergman.
Il y a des films qu'on aime passionnément pour ce qu'il nous apporte de chaleur et d'humanité dans le sens rapprochement des êtres. Parce qu'ils nous rassurent d'appartenir à une espèce dont nous pourrions par ailleurs douter, pour bien des raisons faciles à imaginer (il suffit de regarder autour de soi). Les films de John Ford constituent un parfait exemple de ce dont je parle.
Bergman ne fait pas parti de cette sorte de réalisateur. Mais, paradoxalement, c'est dans sa description de la noirceur de l'âme humaine qu'il se fraye un chemin jusqu'à nous.
Cette façon de revenir de manière obsessionnelle sur la mort et l'incommunicabilité des Hommes, en un sens, rassure.
Une description profonde et remuante de ce sentiment d'isolement et/ou de solitude que nous pouvons tous sentir souvent ou bien à un moment ou à un autre de notre existence.
Ainsi donc, moi-même qui passe une partie de ma vie devant des films et des livres, une des plus anciennes et efficace façon de se couper du monde tout en y restant plongé (et le reste du temps devant mon ordinateur), je ne suis finalement pas forcément le monstre (dans le sens rare) que je crains d'être ou devenir depuis si longtemps ? Nous sommes donc nombreux à vivre (et certain à décrire) ce sentiment d'isolement qui nous étreint parfois ? Même entourés d'êtres chers, que partageons-nous vraiment avec ces derniers ? Que reste-t-il quand le malheur frappe ?
C'est à ce genre de question que Bergman répond ici en mettant en scène une femme mourante entourée de des deux sœurs et une servante. Cette servante, objet d'une forme de mépris (elle n'a visiblement pas droit, de la part de la famille dont elle est une forme d'esclave, à la même part d'humanité que les autres -nous revenons encore sur cette notion-) de la part des survivantes, n'est pourtant ni une exception ni un exutoire. Bientôt, toute la somme des non-dits, des ressentiments, de la haine, de la jalousie qui unit cette famille éclate kaléidoscopiquement entre flash-back, fantasme, rêve et tentatives de réconciliation.
Certaines scènes font froid dans le dos (notamment celles avec le mari de Karin, proprement effrayant dans son rôle de bourgeois glacial et cassant), l'agonie de Agnes est effrayante, pourtant vous ne sortirez pas de cette épreuve sidéré et interdit: au contraire, quelque chose passe à travers ces plans plastiquement superbes: peut-être l'idée que ce qui unit ces sœurs est plus fort que toute la haine qui explose tout au long du film dans des rouges flamboyants.
Et c'est sans doute en ce sens que la scène finale est si belle et forte.