Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Crying Freeman est un film de fanboy. Et c'est bien là le problème. Christophe Gans, pour son premier coup d'essai au format long, ne semble pas avoir été motivé par l'opportunité de raconter une histoire ou de partager le destin hors du commun de personnages atypiques. Non, avant tout et par dessus tout, Crying Freeman incarne l'hommage ultime d'un cinéphile aux films qui l'ont fait bander. Plus particulièrement au cinéma hongkongais, et encore plus particulièrement aux facéties acrobatico-pyrotechniques de John Woo.
Alors de ce côté-là, pas grand chose à redire. Le film a beaucoup vieilli, il faudrait être de mauvaise foi pour le nier, mais les plans ultra léchés de Gans font encore leur petit effet. Stylisé à l'extrême - sans doute même trop, Crying Freeman assume jusqu'au bout un penchant pour le spectaculaire absurde, les fusillades de dingo et les ralentis badass (un toutes les dix secondes).
Pour tout le reste ̶i̶l̶ ̶y̶ ̶a̶ ̶M̶a̶s̶t̶e̶r̶c̶a̶r̶d̶ malheureusement on nage plus dans le nanar de luxe qu'autre chose. Le scénario empile les incohérences de classe mondiale sur une intrigue mafieuse vue et revue mille fois, saupoudrée d'une pointe de surnaturel. Seul le héros a bénéficié du minimum d'attention au moment de l'écriture. Le hic, c'est que Gans n'a pas trouvé l'acteur idéal pour se glisser dans la peau du tueur malgré lui. Mark Dacascos a beau impressionner dans les voltiges et faire preuve de classe canon en main, ses limites dans le jeu sont flagrantes et sa mièvrerie rédhibitoire. C'est impardonnable à ce niveau qu'un acteur doive se faire tartiner de la vaseline sur les joues parce qu'il est incapable de pleurer.
Même son de cloche pour la relation entre Freeman et Emu, dont on se contrefiche tellement c'est mal raconté (ils se voient deux secondes, couchent ensemble, et pouf ils deviennent inséparables...). Il faut dire que le personnage de Julie Condra brille par sa transparence, avec un background proche du néant qui n'empêche pas d'admirer le joli visage félin de l'actrice.
Dommage que Gans n'ait pas eu les moyens de donner le temps à son film pour développer une histoire solide et offrir une vraie envergure à certains personnages au demeurant intéressants, comme l'intrigante mais bâclée Kimie (Yoko Shimada), qui offre un joli moment de perversité avec Tcheky Karyo. En l'état, la coquille est belle, mais bien vide. Et puis putain, Mark Dacascos en suspensoir, c'est juste pas possible.