Niels Arden Oplev, le réalisateur de Millenium se retrouve coopté par la grosse machinerie Hollywoodienne afin de mettre en scène ce Dead Man Down, titre déjà très explicite s'il en est. Emmené par Colin Farrell et Noomi Rapace, le film raconte l'histoire de Victor, bras droit d'un grand ponte de la mafia New-Yorkaise (Terrence Howard). Taciturne et torturé, «Vic» rencontre Béatrice, une jeune femme blessée par la vie. Les deux tourtereaux vont vite découvrir qu'ils se cachent des choses terribles et que chacun n'est pas ce qu'il prétend être.
Le jeu du chat et de la souris
Niels Arden Oplev souffre du même syndrôme que Nicolas Winding Refn à son passage au pays de l'oncle Sam. De films puissants et rageurs comme Pusher et Millenium, les réalisateurs sont passés au clinquant et au pseudo-virtuose comme le sur-estimé Drive et désormais ce Dead Man Down assez indigeste dans le fond comme dans la forme. Si la mise en scène nerveuse d'Oplev fonctionnait très bien dans Millenium, force est de constater que pour ce film, le procédé alourdit fortement l'entreprise, déjà extrêmement pesante via son récit, cousu de fil blanc. Tous les poncifs sont présents, le coup du bon père de famille (Colin Farrell) torturé par la perte de sa femme et son enfant se muant en gangster pour botter les fesses de celui qui a fait ça (son boss, Terrence Howard), le coup de la rencontre avec une jeune femme qui va adoucir la rage de cet animal blessé (mais pas trop parce que quand même, il faut des scènes de fusillade), le coup des gangsters albanais bêtes et méchants, le coup du dénouement tellement ridicule et poussif qu'il fait presque rire le spectateur assistant avec dépit à la mise au pas d'un cinéaste Européen talentueux par la machinerie cynico-avide du blockbuster calibré.
Du pouvoir de l'indigence
Dès la scène d'ouverture, le ton est donné, non content de donner dans la surenchère pirotechnique, Oplev amplifie le tout en gonflant la séquence d'effets sonores assourdissants. Et pour toutes les scènes d'action c'est la même rengaine, ambiance sonore insupportable, intensification du bruit des coups de feu assommante... Pas grand chose ne sauve ce qui aurait même pu être une honnête série B, pas même les acteurs qu'on ne sent pas très concernés par l'affaire ; Colin Farrell et Noomi Rapace sont animés par une soif irrépréssible de vengeance à un tel point qu'on se pose des questions sur la morale véhiculée par le film (oeil pour oeil, dent pour dent). La douce férocité de Noomi Rapace qu'avait su capter un Brian De Palma dans Passion est ici exploitée de la mauvaise manière par un Niels Arden Oplev ayant visiblement laissé l'actrice en roue libre. Il en est de même pour Colin Farrell, qui fronce très bien les sourcils mais ne dégage au final qu'un sentiment de frustration tant son personnage est bâclé, à l'instar du boss de la mafia incarné par un Terrence Howard éteint et caricatural. Seul s'en sort un Dominic Cooper sanguin et attachant et une Isabelle Huppert étonnante et barrée. Très maigre consolation pour ce long-métrage attendu.
Manque de style
Il est d'autant plus dommage de déplorer ce manque de style tant Niels Arden Oplev aurait pu apporter aux Etats-Unis sa patte européenne. Au lieu de ça, il ne fait que balbutier son cinéma en rendant une copie balourde et confuse, sans doute bridé par l'énorme rouleau compresseur hollywoodien, celui qui nivelle le talent des cinéastes par le bas pour en faire de bons faiseurs. Après cette expérience outre-atlantique, espérons une chose, que Niels Arden Oplev revienne vite en Suède.