Dune souffre du "syndrome du film qui a (très) mal vieilli avec le temps". C'est une pathologie existant depuis toujours, mais dont le nombre de cas a augmenté de façon exceptionnelle dans les années 1980, période marquée par l'arrivée du numérique et de la popularisation de la SF au cinéma. Comment repérer un film qui en est atteint ?
(attention tout de même, cette critique contient quelques spoilers, mais au point où on en es, c'est pas un chef-d'oeuvre)
Ça pique les yeux
Son utilisation de fond vert et ses bonshommes en 3D sont au mieux ridicules, au pire gênants. En tout les cas, ils ne sont pas réalistes alors qu'ils voudraient l'être, ça sonne faux et on ne s'y attache pas. Par exemple, chez Dune, le résultat est surprenant dans la sublime "bataille de boucliers". Ces effets de "cubes 3D flous et dégueulasses tellement que les mouvements et les lumières sont pas crédibles" sont un cas dans l'histoire du cinéma. Il est aussi possible d'y observer des incrustations sur fond vert qui piquent les yeux. Encore un magnifique exemple (spoiler), la chute du Baron Harkonnen, en train de se faire bouffer par un ver phallique, dont l'équipe post-prod a dû se dire que rétrécir l'image était largement suffisant.
Si vous en voulez encore plus pour pleurer le fait d'avoir perdu vos yeux, vous pouvez toujours admirer de magnifiques costumes, de magnifiques décors (quoique ceux qui ont été pompés aux projets de Jodo passent assez bien), mais surtout de magnifiques maquillages, en particulier chez les Harkonnen, où apparement c'était pas suffisant que le baron soit bourré de pustules, il fallait aussi qu'ils aient le handicap d'être tous roux, et roux pas naturel !...
Une histoire incompréhensible
Déjà, adapter Dune, c'est pas une bonne idée, surtout si t'es pas motivé parce que :
1- Tu es sur le point d'adapter une oeuvre de millions de pages, alors le résumer en 2h ça va pas être simple, les relations sont complexes et c'est pas en 15 minutes que tu vas pouvoir bien les exposer pour que tout le monde comprenne.
2- Tu t'attaques à un "chef-d'oeuvre de la littérature de la SF et de tous les temps donc forcément ça va gueuler.
Si le début du film parvient à rester clair, il finit par se lancer dans un name dropping de noms de planètes et de personnages et au mieux on s'en fout, au pire tu oublies qui c'est 30 secondes plus tard. Ça te permets de poser plein de personnages, mais qui ne seront pas tous de la même utilité. Certains n'ont qu'une maigre apparition, comme le personnage de Sting, qui sert juste à se faire buter, et je n’exagères pas ! Énormément de choses se passent, mais on n'a pas le temps de les expliquer et ça devient très vite un gros foutoir. Comble des innombrables informations : ces dialogues "pensées". Parce que c'est pas clair (ils sont télépathes ?), souvent ça sert à rien, et surtout ça coupent des scènes de dialogues où t'avais déjà rien bité de base. Surtout que le film souffre aussi du syndrome du "*5 ou 6 noms pour énoncer la même chose *, que ce soit pour les gens ou pour les planètes, si bien que tu captes que dalle (rien que Paul il a 2-3 surnoms, entre Usul, Muad Dib et le Dormeur, tu mets 25 années à piger qu'ils parlent du même type depuis le début).
Et encore, j'ai pas parlé de ses transitions inexplicables à base d'écran déchirés, si bien qu'on ne sait pas s'il s'agit d'une ellipse ou si ça veut rien dire du tout. en tout cas, c'est très moche.
On comprend rien. Mais me direz-vous, c'est habituel à David Lynch ça, de faire des histoire incompréhensibles. Sauf que là, c'est pas pareil. Lynch, quand il fait du grand (et beau) n'importe quoi, c'est au sujet de son interprétation, une fois que le scénario est mis en place. Il exploite les thèmes oniriques qu'il a su s'approprié au fil des années, et nous tartine un monde étrange. Là, on sait pas trop ce qu'il fait. Les seuls passages assez lynchiens (comme les rêves de Paul, à base de main incrustée et de "ARRAKIS... DUNE... PLANÈTES DE SABLE") font tâches dans l'intrigue, et on est plus gênés que surpris.
Les qualités de Dune
Sa musique. Pardon, son thème principal, composé par Brian Eno. Épique, mystérieux, qui fait le job, et très bien. Parce que, hein, la musique de Toto et leur trois riffs de guitares en attaquant des vers, c'est... comment dire... kitsch (tiens, j'avais pas encore eu l'occasion de le placer celui-là)
En conclusion
En conclusion ? Un gros foutoir incompréhensible et pas beau. Lynch cherche à mettre un peu tout et n'importe quoi, mais ne prend pas le temps de l’expliquer clairement (il n'en a pas le temps pour ça). Le film avance sans son spectateur, qui alors perdu ne peut qu'admirer une photographie un peu moche, et qui aura très rapidement vieilli. Et mal. Avec le temps, c'est plus devenu un nanar, en prenant un peu de recul et avec beaucoup de mauvaise foi, il passe beaucoup mieux (même s'il est quand même bien long).
"Le meilleur film de science-fiction depuis la Guerre des Étoiles" ainsi titrait le DvD. J'ai beau ne pas être un grand fan de Star Wars, mais je pense que cet argument marketting est très légèrement hyperbolique.