Probablement le meilleur faux documentaire de Peter Watkins qu'il m'a été donné de voir.


Edvard Munch, peintre d'avant garde longtemps perçu comme fou par les critiques conventionnels de son temps, n'a eu de cesse de vouloir incruster dans son art non seulement l'oeil mais aussi l'humeur du peintre.


Loin du biopic ordinaire qui se contenterait de relater les grandes dates de la vie du peintre et de ses oeuvres, le film manifeste son habitus en incluant les dimensions artistique, psychologique, émotionnelle, relationnelle, mais aussi son contexte social, politique, et culturel; le sien comme celui de ses influences, de son entourage.


Toujours aussi à l'aise avec les anachronismes, Watkins joue sur les scènes de fiction et d'interview pour faire s'exprimer chaque personnage, chaque acteur, sur sa vision du monde, sur son ressenti, au contacte de ces dimensions et contextes.


Contrairement à La Commune Paris 1871 il n'y a pas ici d'acteur pour jouer des journalistes mais ils sont aussi suggérés.


Edvard Munch est ainsi une oeuvre relativement participative, écrite et tourné avec une partie de la population norvégienne, allemande, et française. Cette implication qui est la marque du cinéma de Peter Watkins rend d'autant plus crédible les scènes qu'il filme qu'elles aspirent à captiver l'essence de leur sujet. On ne voit pas vraiment passer les 3h30 de film.


Outre l'esthétique, avec la coloration bleutée de l'image qui rappelle l'association que fait Munch, comme les grecs de l'Antiquité, entre la couleur et la mort, le montage joue là aussi un rôle important en plaçant les images mémorielles les plus illustratives de l'état d'esprit du personnage au moment donné où il est filmé. De cette façon on décèle mieux les conflits internes, les obsessions, et par quoi elles ont pu être motivées.


Il est d'ailleurs notable que les seules images hachées dans le film soulignent à travers des plans plus brefs le mal être du peintre, alors que la technique de montage est la bête noir du cinéaste (voir sa critique de la "monoforme"). L'un est hanté par les souvenirs de la maladie, de la femme qu'il aime, des critiques et du bruit; l'autre par la "monoforme" et les interdits placés sur son cinéma. Comme s'il avait voulu renforcer par ce biais le parallèle entre sa vie et celle d'Edvard Munch.


La dénonciation de la "monoforme" se retrouve aussi dans la musique qui est très peu encombrante pour ne pas influencer le spectateur.


On aurait pu toutefois souhaiter une subjectivité plus diversifiée encore dans la forme, avec une séparation stricte entre des scènes qui utilisent le filtre bleuté du monde munchien et celles qui en utiliseraient d'autres, ou même aucun, pour appuyer les moments d'entretien avec les personnages représentant le conformisme esthétique ou culturel par exemple. A moins que ce soit volontaire de nous imprégner pleinement de l'univers d'Edvard Munch, quitte à nous rappeler seulement ensuite, par des regards posés lancés par les acteurs, que nous y avons été plongé et que la caméra existe.


Par la réflexion qu'il offre tant sur le fond que sur la forme, et l'implication visible des acteurs, Peter Watkins a signé ici quelque chose proche du documentaire ultime. Une véritable leçon de cinéma documentaire servi par un jeu d'acteur aussi profond qu'il est un travail sur la spontanéité et qu'il est filmé avec profondeur.


Je mets 3 étoiles pour la réalisation, 3 pour le jeu et l'écriture, 3 pour le montage.

Dilijuco
9
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le 10 févr. 2021

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Dilijuco

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