No soy un dios, soy un hombre.
Sang orange, jeu plus ou moins crédible, quelques faux raccords et des dialogues qui semblent post-synchronisés... Non, El Topo est pas un beau film. J'ai presque envie de le qualifier de bâtard et c'est probablement ce côté-là qui suscite les passions, qu'elles soient haineuses ou en accord avec le long métrage.
J'étais sorti perplexe de mon premier visionnement, ne sachant pas trop si je devais détester ou aimer pour cause d'incompréhension partielle. L'opinion que j'en ai maintenant est moins diffuse. El Topo exagère, se rend grotesque et ridicule par moment, mais je lui trouve une puissance certaine.
(SPOILER ALERT)
Jodorowsky propose un western qui en est pas vraiment un. C'est plutôt un homme qui se cherche. L'homme est sans pitié, fourbe. Il est tout de noir vêtu et est accompagné par son fils, qui lui, est complètement nu. Déjà, on voit une différence : le fils est pur tandis qu'El Topo est vil, sale et incapable de compassion (il laisse à son fils le soin d'achever un homme agonisant qu'El Topo a pas blessé ; l'homme le supplie de le tuer et il demande à son fils de le faire parce que c'est un geste fondamentalement bon malgré les apparences).
Cet homme, c'est aussi un peu Dieu vengeur ou alors, il le croit (sa voix caverneuse à la réverbération extrême colle pas du tout au désert donc je suppose qu'elle sert à le déifier). Il rencontre une femme, Mara, qui porte un vêtement jaune. Personne est dupe : elle fait figure de Judas. El Topo le vengeur est "crucifié" par balle après avoir voulu être le meilleur tireur en tuant les quatre maîtres. Il devient donc un Christ et c'est cette quête meurtrière qui lui donne cette force. Au fond, sa quête est de se perdre, de refuser de combattre, de s'offrir.
Après, il se retrouve dans une caverne (le tombeau de Jésus, mais peut-être la caverne de Platon aussi). Il y renaît et il en sort. Maintenant, son but est de libérer les habitants de la grotte en creusant un tunnel : il est vraiment devenu la taupe du titre.
Film foisonnant de symboles, El Topo est également drôle, comme en témoigne la scène des souliers ou celle où un esclave est accusé par des vieilles lubriques d'attouchement alors que c'est clairement le contraire. Le monde y est cruel, sec, absurde et certaines scènes du film peuvent sembler gratuites (le combat de fouet ?), mais elles le sont pas, même si leur utilité peut sembler confuse.
Bref, attendez vous à de la violence, à des suggestions de sexe (le morceau de cactus), à de l'humour et à autre chose. Certains disent que le film est horrible dans le sens où il montre des choses horribles, mais je crois que je suis devenu client de cette laideur-là, donc je sais pas, même si objectivement, ça ressemble à un massacre. Fascination pour la crasse des hommes, je suppose, mais c'est à mon sens ni horrible ni joyeux. Tragique, peut-être, mais le traitement est un peu trop cahoteux pour que ça s'impose. Ça manque aussi cruellement de tension, mais bon, ç'a juste l'apparence d'un western, c'en est pas vraiment un (bis).
J'aime ce film-là avec son tas d'imperfections. C'est pas léché, c'est brut et laid (malgré des plans parfois superbes), mais j'approuve.