Après avoir vu Le Créateur, je me suis rendu compte que j'avais envie de voir d'autres films réalisés par et avec Dupontel… ça tombe bien, dans Enfermés dehors, il a fait les deux.
Déjà, j'ai senti qu'il avait pris beaucoup de plaisir à tourner son film, le making of ne faisant que confirmer cela. Encore une fois, Dupontel expérimente, test des trucs, Enfermés dehors ayant un côté très cartoon, à 3000 à l'heure et qui ne s'arrête jamais (aspect qui peut tout aussi bien trouver l'approbation que l'aversion chez le spectateur), et que l'on retrouvera en partie trois ans plus tard avec Le Vilain. Dupontel expérimente, certes, mais ne se trahit par pour autant. On retrouve encore une fois un thème mêlant son humour noir (moins noir que ses deux précédents films ceci dit), son côté anti-flic, à une triste réalité, en l'occurrence celle des SDF et des nombreuses contraintes qui les concernent (que l'on retrouvait déjà partiellement dans Bernie).
En outre, Enfermés dehors a été l'occasion pour l'acteur de se confronter aux cascades. Ces nombreuses cascades, qu'il a (vraisemblablement) toutes effectuées lui-même, renforçant l'aspect cartoon et les liens qu'entretient le bonhomme avec ses modèles que son Keaton et Chaplin.
Mis à part une introduction à la fois expédiée (un reproche que je fais aussi au Créateur), et à la fois beaucoup trop longue (la première scène entre la mère et sa fille), Dupontel enchaîne des scènes toutes plus excellentes les unes que les autres, oscillant entre drame et humour.
Celle dans le réfectoire de la Police est magique, le personnage qu'il incarne, crevant la dalle, étant émerveillé (la musique aidant) par des plats qui, pour le commun des mortels, ne seraient pas des plus appétissants (de la nourriture de cantine quoi)… sans oublier le parfait « De l'eau, j'en ai bu l'année dernière ».
Autre idée géniale, mais malheureusement assez peu exploitée : la conversation à coup d'électro-encéphalogramme lors de la scène à l'hôpital, avec en prime un patient allité qui suit la bourse en direct grâce à plusieurs écrans installée dans sa chambre.
Le film fourmille de bonnes idées de toute façon : le coup du blanco sur les dents, l'arrivée à la Batman lors de la scène dans les toilettes, le coup des SDF qui ramènent des bébés pour pouvoir récupérer de la bouffe en échange, les pubs qui prennent vie, le running gag avec l'épicier. Bref, 1h20 de film (et de votre temps) bien investies.
Encore une fois, Dupontel a réussi à bien s'entourer. On retrouve de nombreux acteurs que l'on a déjà vus et que l'on reverra dans ses autres films : Claude Perron pour commencer, qui endosse encore une fois l'un des principaux rôles du film ; Hélène Vincent et Roland Bertin reprenant leur rôle de couple (mais en un poil différent) qu'ils incarnaient déjà dans Bernie ; Jackie Berroyer, client un peu chelou d'un sex-shop ; Terry Jones et Terry Gilliam qui forment un duo de SDF. L'acteur qui m'a le plus surpris reste cependant Nicolas Marié, incarnant ici le PDG d'une grosse boîte. Outre le fait que son personnage est celui qui progresse le plus durant le film, on sent que lui aussi a pris énormément de plaisir à incarner son personnage : probablement l'un de ses meilleurs rôles avec celui de Serge Blin dans Adieu les cons (ça tombe bien, lui aussi réalisé par Dupontel).
On retrouve aussi quelques-autres acteurs qui, ils me semblent, n'ont jamais tourné avec Dupontel par le passé. Yolande Moreau notamment, parfaite dans le rôle d'une SDF, Serge Riaboukine, ou encore le duo Kervern et Delépine… même si ce dernier a été coupé au montage.
Bref, encore une fois, Albert Dupontel a réussi à bien s'entourer, surtout que, plus surprenant, on retrouve Benoît Debie, le directeur photo de Gaspard Noé, épaulant Dupontel pour la première fois… mais aussi la dernière. Mouai, pour le coup, même s'il est loin d'avoir fait un mauvais travail, on sent moins sa pâte que quand il bosse pour le réalisateur italo-argentin.
Encore une fois, Albert Dupontel prouve qu'il est probablement l'un des plus grands artistes français de ces 30 dernières années… je brasse large, je sais, mais il ne faut pas oublier que les huit années séparant Le Créateur d'Enfermés dehors a été l'occasion pour le bonhomme de jouer dans d'autres films, notamment dans des rôles beaucoup moins comiques (Irréversible, Le Convoyeur), prouvant à tous qu'il est loin d'être un simple comique à la con, qu'il est capable de tout jouer.