Une quinquagénaire qui galère dans tous les domaines de sa vie se retrouve embarquée dans un conflit interdimensionnel.
Avec un pitch pareil, on imagine tout de suite une série Z des années 80 avec des trucages en cartons et des acteurs de pizzeria. C’est bien pire.
La première moitié du film sert de prétexte à des gags surréalistes absolument délicieux :
baston au godemichet, discussion entre rochers, Jamie Lee Curtis qui fait du catch et Michèle Yeo qui sniffe une mouche.
Le scénario complètement délirant permet aux réalisateurs de démontrer un certain talent avec l’image et le montage (je n’imagine pas les heures passées en maquillage pour des scènes de quelques secondes). Et puis…
Et puis, ben il fallait quand même faire un film. Pour ça, il faut un semblant d’histoire que l’on puisse clore, et c’est là que ça se gâte. La seconde partie du film tombe dans le psychodrame familial très conventionnel (ma fille, je reproduis avec toi ce qu’on m’a fait enfant, youhou !) avec une catharsis invraisemblable (on s’aime, tout va bien, et papy s’achète brusquement un cerveau). Même la méchante devient gentille, moyennant un pétard électronique et un câlin. C’est décevant.
Non, tout ce bazar sert à mon humble avis à justifier les perversions sexuelles en général. En effet, on voit dans ce film des godemichets à répétitions avec leur usage sadomasochiste et anal, de l’homosexualité exclusivement féminine, des décors SM, des comportements lascifs (léchage de mur, danse et câlins) et des mises en scène sentimentales (déclarations d’amour factices et réelles) sur fond d’impossibilité de couple (il y a 2 ou 3 séparations). Même la relation mère-fille me paraît trouble. Le discours (déclamé par Jobu machinki) consiste à justifier n’importe quelle pratique puisque rien n’a d’importance. Pour le coup, l’argumentaire est assez intelligent. En effet, la psychologie explique qu’avec l’assouvissement de toutes les envies arrive également la pulsion de mort qui conduit au suicide, et c’est exactement ce que cherche Jobu trucoki. La morale, incarnée par le grand-père, ne tolère pas les déviants et n’hésite pas à les tuer, du moins métaphoriquement. La fin devient donc une négociation (effectuée par Evelyn) entre la morale (papy) pour qu’elle accepte l’excentricité (Joy) et que cette dernière tempère ses excès et se plie aux conventions sociales. À voir tout de même le parti pris des réalisateurs, car l’excentrique en question est absolument adorable et s’appelle Joie.
Il est même possible de voir en Joy et sa mère la même personne, Joy étant ce que Evelyn aurait aimé être, mais n’a jamais osé devenir.
À voir si on aime le zarbi, les prises de tête psychologiques, ou le délire pur.