En allant voir ce film, je redoutais la comédie romantique simpliste, et même si la bande-son (avec du Leonard Cohen par exemple) en reprend les codes, heureusement le scénario s'avère intéressant via d'autres aspects.
D'abord il y a cette communauté dont est membre Meira (Has Yaron). Déjà mariée et mère d'une petite fille, son destin est tout tracé : procréer et s'occuper de l'éducation des enfants. Les membres de cette communauté vivent exclusivement ensemble et sont fermés vis à vis du monde extérieur. Il est presque interdit d'adresser la parole à un étranger, et encore moins pour une femme de regarder un homme dans les yeux.
Son mari est très pratiquant, et parfois un peu borné. Par exemple il ne tolère pas que sa femme écoute de la musique venant de l'extérieur.
De cette interdiction suivra un désir de transgression, un désir de découvrir le monde extérieur.. Mais pour vivre pleinement ce désir, il va lui falloir prendre une décision lourde : quitter la communauté, en tirant un trait définitif sur son passé..
Ce qui va l'aider à franchir le cap, ou plutôt celui qui va l'aider à franchir le cap, c'est Felix (Martin Dubreuil) qui va tomber sous le charme de Maria même si celle-ci au début refuse au départ de lui adresser la parole.
Ce personnage masculin est assez énigmatique. On ne connait pas son métier, on ne sait pas ce qu'il faisait avant d'hériter, on sait juste qu'il était en conflit avec son père, dont il refuse de lire la lettre d'adieu. Mais alors que son personnage est censé être triste -dans une scène, il fond en larme-, voir tourmenté, il se dégage de cet acteur une impression de décontraction, ce qui le rend séduisant, mais qui ne colle pas vraiment avec le personnage.
C'est sans doute sur ces petits détails que le film pèche. On ne comprend pas pourquoi Maria s'intéresse subitement au monde extérieur, on ne comprend pas pourquoi Felix s'attache à cette fille, d'autant plus qu'elle est déjà mariée et jeune maman.
La vie dans cette communauté est également décrite de manière assez subjective, alors que l'histoire aurait pu appuyer sur plusieurs aspects positifs (entraide, partage, communion) de la vie en communauté.
Malgré tout, l'histoire est réaliste dans son ensemble. Il ne s'agit pas d'une histoire d'amour impossible à la Roméo et Juliette, mais le film n'est pas dénué d'émotions, avec une mention spéciale pour le mari (Luzer Twersky) qui réagit avec dignité lorsqu'il réalise -trop tard- qu'il est en train de perdre sa femme.
L'histoire de fond est celle de la vie dans une communauté fermée, et plus spécifiquement celle du choix de quitter ce type de communauté. C'est d'ailleurs l'histoire personnelle de l'acteur Luzer Twersky (le mari de Meira dans le film) qui a lui-même quitté la communauté hassidique, et qui a été le conseiller de Maxime Giroux (le réalisateur) sur cet aspect.
critique publiée sur http://critique-ouverte.blogspot.fr/2015/01/felix-et-meira.html