Bien que sorti en 1999, Fight Club n'a pas pris une ride. Fincher dénonçait alors la société de consommation, le métro-boulot-dodo, la vacuité abyssale de nos existences résumés à travers l'adage : "ce que nous possédons finit par nous posséder". Le dernier produit de chez Ikea, une table basse, une commode, n'importe, il faut l'avoir. C'est comme ça. Les multinationales sachant mieux que quiconque créer des besoins imaginaires à assouvir. Il suffit d'ouvrir le catalogue et achète. Achète, petit pigeon.
Tyler Durden sera l'âme damnée du narrateur/assureur au lieu d'être un ami. Ce dernier trouvant enfin une raison de vivre, d'être lui-même, à travers des combats clandestins organisés au sous-sol d'un tripot. Des scènes d'une grande violence d'ailleurs même si elles permettent de voir un Brad Pitt torse nu plus classe que jamais. Même quand il porte sa veste de cuir rouge, ses tee-shirts imprimés, ses mocassins, ses lunettes.
Mais, et c'est là la contradiction de ce que prône Durden, alors qu'il cherche à renverser l'ordre établi, sa société secrète, son Fight Club, devient une organisation de plus en plus structurée, avec des règles ("on ne doit pas parler etc"), des devoirs à faire pour ses membres, des antennes un peu partout.
Si la noirceur du propos est bel et bien présente comme dans Alien 3 ou Seven bien que d'une façon différente, elle reste adoucie
dans le plan final où on voit Marla Singer et le narrateur se tenir la main. Même si on a un boulot de merde, qu'on est seul, qu'on se fait chier le soir, qu'on arrive pas à dormir, qu'on est dépressif, schizophrène, entamer une curieuse histoire d'amour serait un nouveau départ.