Réalisé par Frédéric Tellier et porté par un trio d'acteurs de haute volée (Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot et Pierre Niney), Goliath s'intéresse au sujet des PESTICIDES : leur apport économique et agricole, leur impact sur la santé publique, les lobbys qui en récoltent les fruits, les complicités dans les plus hautes sphères (politique, scientifique...), les mouvements citoyens qui tentent de se faire entendre contre vents et marées. Un sujet dont on parle de plus en plus et face auquel la parole se libère de façon croissante, sans pour autant faire vraiment bouger les lignes.
Si les personnages du film, le désherbant incriminé et le nom du lobby sont ici inventés, on reconnaît très clairement l'AFFAIRE DU GLYPHOSATE, impliquant le lobby BAYER-MONSANTO. Une affaire qui a défrayé la chronique au cours des dernières années, allant jusqu'à la condamnation du puissant lobby.
Dans GOLIATH, MONSANTO se nomme PHYTOSANIS, et l'herbicide inspiré du glyphosate s'appelle la tetrazine. Partant de la mort d'une agricultrice atteinte d'un cancer après avoir pulvérisé de longues années de la tétrazine sans en connaître la dangerosité, le film se centre sur 3 personnages : un avocat spécialisé en droit environnemental (Gilles Lellouche) soucieux de faire éclater la vérité, un lobbyiste redoutable doté d'une intelligence impressionnante (Pierre Niney) comme défenseur des intérêts de Phytosanis, et enfin une militante dont le mari est décédé lui aussi d'un cancer après avoir manipulé de la tétrazine.
On se concentre ainsi sur 3 points de vue : l'un en lien avec la justice citoyenne, le second au cœur du lobby Phytosanis, le troisième au sein des militants engagés contre la tétrazine.
Géant de l'agro-chimie, Phytosanis apparaît comme une véritable entité diabolique au management dépourvu d'humanité, où seul le profit compte au mépris de la santé publique. Et pour s'assurer de l'expansion des profits, tous les coups sont permis : Intimidation des lanceurs d'alerte, corruption de scientifiques renommés, pression sur les politiques, déstabilisation des instances dirigeantes, travestissement de la vérité dans les médias... Avec des moyens astronomiques, le lobby agit ainsi en toute impunité, réduisant drastiquement toute résistance.
Livrant une prestation magistrale, Pierre Niney campe un brillant lobbyiste sans âme aux stratégies minutieuses, decortiquant méthodiquement les actions militantes, leur impact, et les moyens pour PHYTOSANIS d'y répondre.
Loin de ses rôles habituels, Gilles Lellouche incarne un avocat sombre mais tenace, qu'on va suivre dans son combat, défenseur en chef de la cause citoyenne face au mastodonte des pesticides, tel David contre Goliath. Une interprétation juste et touchante qui montre la vraie richesse de jeu de l'acteur.
Emmanuelle Bercot se révèle touchante dans le rôle de cette prof de sport ouvrière, impliquée personnellement dans la cause militante contre l'usage de la tetrazine. Un combat qui détruira peu à peu le personnage mais face auquel elle ne lâchera rien.
A côté des 3 personnages centraux, de nombreux personnages secondaires, incarnés par de très bons acteurs, parmi lesquels Marie Gillain, Laurent Stocker, et bien sûr Jacques Perrin, connu pour son engagement écologique, disparu ce jour.
Mis en scène sous la forme d'un thriller haletant, Goliath fait réagir par son caractère très réaliste et la profondeur des sujets qu'il traite, à travers un excellent travail de documentation et la diversité de ses points de vue. Même si son parti pris est indéniable, le film garde toujours en ligne de mire une vision double : celui des militants anti-pesticides et celui des lobby pro-pesticides.
Si l'action de ces lobbys agro-chimiques est clairement condamnable, on peut néanmoins se pencher sur le problème de fond de l'agriculture. Dans une société surpeuplée, l'agriculture de nombreux pays a fait le choix du rendement, à l'encontre de celui de la diversité. De ce choix a découlé l'usage de produits booster pour les récoltes mais malheureusement hautement toxiques pour ceux qui les manipulent. Si je soutiens à 200% l'abolition de produits tels que le glyphosate, quelles alternatives s'offrent à notre agriculture aujourd'hui ? Limiter notre production aux besoins du territoire ? Privilégier les circuits courts ? Accepter de ne manger que des fruits et légumes de saison ? Ces différentes possibilités réduiraient considérablement l'usage de pesticides. Si mettre en commun nos richesses à l'échelle européenne a ses atouts, il serait peut-être bénéfique d'en dispenser l'agriculture...
Pour conclure, Goliath est un film qui remet le débat des pesticides au centre de la table. Abordant efficacement le sujet, l'œuvre a les qualités pour sensibiliser l'opinion publique et encourager les instances dirigeantes à se positionner davantage.