Pour réaliser un western pour un public d’adepte il vous faudra : des chevauchées endiablées, des paysages à couper le souffle, une menace incarnée par des bandits ou des Indiens, une belle jeune femme et enfin, un cow-boy courageux qui finit par s’imposer comme le grand vainqueur de l’histoire. La plupart des cinéastes auront suivi cette recette jusque dans les années 50. Mais au bout d’un certain temps, cette mode du western dit « classique » a laissé place à un nouveau genre cinématographique : le « surwestern ». Hervé Bazin, écrivain et romancier français, parlait de cette nouvelle image du western comme « un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire d’ordre esthétique, sociologique, moral, psychologique, érotique ». Alors terminé les héros idéalistes américains, désormais les bons et les méchants deviennent difficilement discernables. C’est donc ce chemin qu’à décider de suivre le réalisateur Scott Cooper ( Les Brasiers de la Colère, Crazy Heart, Strictly Criminal ) avec son nouveau film Hostiles sans la moindre once de pitié envers ses personnages.
Les premières critiques ont pris le risque de rapprocher Hostiles avec le légendaire Impitoyables de Clint Eastwood. Mais dès le début de son visionnage, nous avons bien compris que Hostiles n’était pas là pour faire office de figurant dans le monde du western, mais bien de perdurer dans le temps en marquant toute une génération.
Christian Bale incarne avec audace et talent, un capitaine américain opposé à Yellow Hawk, un chef Cheyenne joué par Wes Studi ( Le Dernier des Mohicans ). Ces deux personnages, dont tout opposent, vont se livrer une guerre de caractères durant tout le long d’un périple entre le Nouveau-Mexique et le Montana. Jusque là, le scénario peut vous paraître plutôt redondant. Mais alors en quoi Hostiles se démarque t-il des autres westerns ? C’est la question que la plupart d’entres nous, cinéphiles, se posions avec intérêt. Nous avons maintenant notre réponse. Hostiles est film glaçant, sans merci, qui ne vous laissera que quelques secondes d’espoirs et de répits, avant de vous dévoiler une Amérique divisée sans la moindre compassion. Scott Cooper, nous fige pendant des scènes où l’humanité n’est plus maître en sa maison. Comme l’avait démontré Eastwood, la violence peut facilement malmener une âme et conduire à une folie sans fin. Cette idée se retrouve dans le personnage de Christian Bale mais également chez nous, spectateurs. En effet, pendant plus 2h, Cooper ne laisse aucune chance aux personnages comme aux spectateurs de souffler et croire en une Amérique bienfaitrice. Car si Hostiles dépeint une Amérique de la fin du XIXème siècle, il est évident qu’il fait également référence aux événements récents survenus en Amérique. Après plus de deux siècles, la barbarie et la distinction à cause par exemple des couleurs de peaux, a malheureusement toujours sa place dans notre monde et principalement en Amérique.
Hostiles se démarque des westerns traditionnels mais n’a cependant pas pour but de revisiter complètement ce genre bien connu au cinéma. En effet, Scott Cooper reprend de nombreux codes du western en filmant des paysages immenses de prairies et de collines, ces derniers fortement embellis par la magnifique photographie de Masanobu Takayanagi ( Spotlight ). Cooper intègre également dans son film la figure de la femme forte prête à tout pour protéger les siens par le biais de Rosalie Quaid jouée par Rosamund Pike ( Gone Girl, Orgueil et Préjugés ) qui réalise sûrement la meilleure performance de ce film en nous laissant facilement percevoir ses émotions grâce à un jeu d’acteur tout à fait remarquable.
En jouant sur l’originalité et le traditionnel, Hostiles devient donc une oeuvre à part entière dans l’histoire du western en débarquant presque de nulle part. En se déroulant après le contexte historique habituel d’un western classique ( fin du XIXème siècle ), Hostiles prend l’initiative de redonner un second souffle à un western contemporain qui finissait par devenir burlesque et qui passait son temps à jouer sur la redondance. Scott Cooper réalise donc la belle surprise de ce mois de mars, et tout porte à croire, qu’il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin.
La rédaction vous conseille fortement d’aller voir Hostiles de Scott Cooper, et tout ça bien sûr, sans la moindre hostilité !