Sérieusement endetté par son divorce et par la construction du Skywalker Ranch, George Lucas décide d'adapter pour le cinéma un comic-book de la Marvel peu connu, le satirique et délirant Howard the Duck, imaginé par Steve Gerber. Rejetant toute proposition de film d'animation en dépit du bon sens, Lucas veut à tout prix son blockbuster et il s'y tien, confiant la mise en scène d'un film en live à Willard Huyck, scénariste avec sa femme Gloria Katz de American Graffiti et de Indiana Jones et le temple maudit. A l'arrivée, le film sera un échec retentissant, sera taxé de pire film de la décennie, collera une honte éternelle à George Lucas et brisera la carrière de son réalisateur.
En revoyant le film presque trente ans plus tard, à tête reposée, il était effectivement prévisible qu'une telle entreprise se casse méchamment la gueule. Vendu comme un spectacle pour môme alors qu'il est rempli de sous-entendus sexuels, le cul constamment coincé entre délire non-sensique, parodie et aventure matinée de science-fiction, Howard the Duck avait tout pour se prendre un méchant gadin.
Et pourtant, malgré la débilité de l'ensemble et ses innombrables défauts, Howard the Duck est loin d'être une purge infâme. Bien entendu, il faut accepter la proposition complètement WTF et le fait que le film a pris un vilain coup de vieux, glorieuses 80's oblige. Mais à côté de tout ça, Howard the Duck, en plus d'être plutôt bien rythmé, propose tellement d'éléments inclassables, est tellement hybride, qu'il gagne un certain charme.
Comment snober une production familiale nous montrant une vision "canardisée" de notre monde dans son introduction, une love story franchement déviante entre notre canard obsédé sexuel et la toute mimi Léa Thompson, un porte-feuille contenant une capote pour canards (!!!!!), un Tim Robbins encore inconnu en mode "vos gueules, je paie mon loyer !" et j'en passe ? Personnellement, le gamin de huit ans ayant découvert, bouche-bée, cette chose, ne le peux pas.
Aborder un truc comme Howard the Duck, c'est l'accepter tel qu'il est. Une anomalie transgénique dans l'entertainement hollywoodien, un joyeux bordel con comme la lune et pas toujours bien foutu (quoique la créature finale aura permit à Phil Tippett d'affiner sa technique de la go-motion) mais qui ne ressemble à rien d'autre et qui doit atteindre des sommets avec un peu de weed.