Ils sont de ces films où le beau se mêle au tragique, où la force des images s'exprime au-delà des mots, où la fragilité des corps décrit la force de l'esprit. Hunger est un de ces films.
Le contexte politique, loin d'être poétique, expose le combat mené par des hommes en quête de reconnaissance ; eux-mêmes, membres de l'IRA, qui militaient jadis dans les rues, portés par un engagement aussi physique qu'idéologique, et qui désormais revendiquent leurs droits à travers un Blanket and No-Wash Protest dans la prison de Maze d'Irlande du Nord. Cet éclairage particulier de l'Histoire réveille les consciences et bouleverse les êtres.
L'ambiance se créée au cœur d'un milieu carcéral austère, où des cellules sombres et froides, aux murs tapissés d'excréments, nous plongent dans ce combat infernal où la violence physique, infligée de sueur froide par des hommes de pouvoir, trouve sa réponse dans la violence organique, dispersée par des hommes plein d'espoir. Espoir d'être entendu, d'être reconnu dans un univers où la force d'y croire reste la seule échappatoire.
Dans l'oppression sonore des grincements de porte, des bruits sourds sonnant au rythme des poings, des cris de douleur perçants le silence, l'image engage un dialogue aussi émouvant qu'éprouvant. À travers la sincérité de son objectif, Steve McQueen nous offre ce certain regard qui cadre avec précision. Ces instantanés panoramiques, épurés de toute surcharge, portent pourtant le poids d'une réalité dure et inhumaine, où la honte et la colère s'appellent et se répondent.
Tous les personnages subissent et partagent avec dégoût cette vie stigmatisée par la souffrance, ce combat quotidien contre soi-même. La douleur qu'inflige et que s'inflige Raymond Lohan, surveillant de ce sinistre quartier H où cohabitent les prisonniers, est rendue aussi violente et malsaine que celle éprouvée par les corps meurtris de Davey Gillen, Gerry Campbell et Bobby Sands.
L'apparence christique qu'ils véhiculent ne laisse heureusement pas le film basculer dans l'idolâtrie et autres dévotions fanatiques. La déclaration faite par Bobby Sands, leader du mouvement, d'entamer une grève de la faim n'est pas présentée comme le sacrifice ultime de l'adorateur mais bien comme le parti pris d'un homme qui déploie sa dernière arme.
Cette scène centrale, aussi verbale qu'est silencieux le reste du film, révèle en contre-jour l'intention de Steve McQueen qui nous fait nous poser la question de l'engagement et des limites de la dérive au fanatisme, et ce sans jamais tomber dans la propagande.
On ne sort pas indemne d'un long métrage comme celui-ci, où la honte et le courage s'entremêlent au travers des nuances sombres, d'un marron fécal et carcéral, où la mort se lie à la vie avec une intimité dérangeante et dégradante, dans la pureté d'un blanc clinique.