Sans lui svp !
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Mary Bronstein signe avec "If I Had Legs I Would Kick You" une œuvre audacieuse et déstabilisante, qui plonge le spectateur dans les méandres d’une maternité névrosée et d’une conscience coupable à vif. Présenté en compétition à la Berlinale 2025, ce film s’inscrit dans une tendance marquée cette année par des récits explorant les facettes sombres et complexes de la parentalité.
Sans en avoir vu la plupart, Mary Bronstein semble parvenir à se démarquer par une approche à la fois intime et grotesque, portée par une mise en scène minutieuse et une performance puissante de Rose Byrne.
Le film suit Linda, une mère au bord de l’effondrement nerveux, confrontée à une série de situations absurdes et oppressantes : un hamster récalcitrant, des patients en pleine décompensation, des voisins sous l’emprise de substances illicites et des parents d’élèves insupportables. Ce cadre, en apparence anecdotique, devient sous la direction de Mary Bronstein un terrain de jeu narratif et visuel déroutant, pour ne pas dire boursouflé.
Le huis clos psychologique dans lequel évolue Linda est exacerbé par un cadrage hyper serré, centré sur son visage, scrutant chaque ridule, chaque frémissement, chaque éclat de folie naissante. Cette proximité avec l’héroïne crée une tension palpable, renforcée par une bande-son oppressante, un télescopage de voix et de bruits qui amplifie sa déréliction mentale.
La fillette de Linda, réduite à une voix hors-champ et à une complainte lancinante, devient un élément clé du récit. Son absence visuelle laisse planer le doute sur la réalité de sa présence, suggérant un possible délire maternel. Ce choix narratif audacieux place le spectateur dans une position inconfortable, oscillant entre empathie et suspicion envers Linda. Bronstein joue avec les limites de la perception, brouillant les frontières entre réalité et folie, et plongeant le public dans un vertige psychologique.
Rose Byrne, dans le rôle de Linda, livre une performance intense. Sans fard, les tripes à l’air, elle incarne avec une intensité rare une femme au bord du gouffre, tiraillée entre son désir d’être une bonne mère et son incapacité à gérer les pressions de son quotidien. En tout cas, un véhicule à récompenses pour Rose Byrne, son interprétation, à la fois brute et nuancée, lui vaut à juste titre l’Ours d’Or de la meilleure actrice cette année à Berlin. Elle parvient à rendre palpable la douleur, la colère et la vulnérabilité de Linda, tout en insufflant à son personnage une dose d’humour noir et abrasif qui allège par moments l’atmosphère étouffante du film.
L’humour, justement, est l’un des aspects les plus surprenants de "If I Had Legs I Would Kick You". Bronstein réussit à intégrer des moments comiques, souvent absurdes, qui contrastent avec la gravité du sujet. Cet équilibre entre rire et malaise s'inscrit dans les comédies psychotiques du cinéma indépendant américain, tout en apportant une touche personnelle et contemporaine.
Enfin, le film bascule dans une ultime spirale de body horror, qui laisse le spectateur songeur. Cette séquence, à la fois grotesque et métaphorique, cristallise les thèmes du film : la culpabilité, la perte de contrôle et la déshumanisation progressive de Linda. Mary Bronstein ne cherche pas à offrir des réponses faciles, mais plutôt à provoquer une réflexion sur les attentes sociétales envers les mères et les conséquences psychologiques de ces pressions.
"If I Had Legs I Would Kick You" est une œuvre stressante et dérangeante, qui marque par sa singularité et son audace. Mary Bronstein fait preuve de talent pour explorer les zones grises de l’âme humaine, tandis que Rose Byrne livre une performance magistrale. Un film à voir, mais pas à la légère...
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il y a 5 jours
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