Remake d'un film déjà réalisé par Abel Gance en 1918, J'accuse est un vibrant plaidoyer pour la paix entre les peuples, alors que la menace de la guerre revenait frapper aux portes vingt-et-un ans plus tard.
Lors de la fin de la première guerre mondiale, un homme marié demande à un ami et rival amoureux de s'occuper de sa femme si lui-même venait à mourir, c'est à lui qu'il reviendra à s'occuper de son épouse. Ce qui va arriver, et cet homme, Jean Diaz, va vivre avec la femme de son ami. Vingt ans passent, celui-ci est devenu ingénieur afin d'inventer un verre indestructible, mais les souvenirs de la guerre, et ses traumatismes, restent encore vivaces, à l'orée d'un nouveau conflit mondial...
On voit clairement que c'est un film pacifiste, prônant la liberté, la paix, mais la violence est toujours là en fin de compte. Aussi bien dans les scènes de batailles de 1917, qui sont à la fois tirées de stock-shots et de plans du film de 1918, mais aussi dans le tourment intérieur de cet homme, remarquablement interprété par Victor Francen, qui vit dans la peur constante du retour de la guerre, malgré l'amour que vont lui apporter désormais son épouse, mais aussi sa belle-fille, amour, au fond, dont il n'a que faire. C'est ce qu'on appelle une âme brisée, pas une gueule cassée, qui s'en veut d'être encore en vie alors que ses copains sont désormais enterrés à Verdun.
C'est vraiment un film très fort, malheureusement sans effet quand la guerre sera déclarée à nouveau moins de huit mois après sa sortie, mais avec le recul du temps, il y a quelque chose de bouleversant, presque comme un cri du cœur d'Abel Gance, une supplication de ne pas recommencer les mêmes erreurs qu'il y a vingt ans. Jusqu'à cette scène surréaliste, fantastique même, où Jean Diaz convoque les victimes de la guerre pour avertir la population des dégâts qu'elle peut causer, avec des figurants grimés en squelettes, et même des anciens combattants dits des gueules cassées, l'effet est encore très fort pour une œuvre qui a plus de 80 ans.
Quant au titre, qui reprend une citation de Zola pour l'affaire Dreyfus, c'est là aussi un message d'alerte de Jean Diaz pour prévenir les pays du danger que représenterait une nouvelle guerre ; il les accuse de précipiter le monde dans une nouvelle catastrophe.
Je dirais même qu'autant qu'à l'époque, J'accuse se veut un message pour les générations futures à travers l'errance de cet homme, que même l'amour de femmes ne peut sauver.