Sur son thème de prédilection de l'innocent accusé à tort, Alfred Hitchcock développe une
romance expresse favorisée par le suspense
au cours d'une fuite en avant construite comme un film d'aventure, entraînant et sans répit. Young and Innocent suit les péripéties d'un jeune auteur déterminé à prouver son innocence à la suite du meurtre de son actrice d'employeuse. Pour mener à bien son enquête, il obtient l'aide de la fille du commissaire, séduite malgré ses doutes initiaux. Si le métrage a l'élan de son rythme effréné et captive le spectateur de bout en bout, si sa légèreté amuse, le mélange des genres le relègue malgré tout parmi les films mineurs du maître : les émotions sont là, le rire aussi, mais l'on reste loin de ses suspenses les plus intenses. Il y a comme un air de farce, largement appréciable, mais qui place l'objet un poil en dessous des meilleures œuvres du cinéaste.
Quelques séquences impriment la tension indispensable au suspense, notamment cette séquence d'ouverture sur une plage anglaise au pied des falaises où le jeune héros découvre le corps de la victime là où meurent les vagues océanes, et cet insert d'une rare violence sur les mouettes qui le survolent. Le travelling final dans la salle de bal dénote également d'une
ferme volonté de promener le spectateur
jusqu'à l'évidente résolution, prouesse technique, le plan impressionne de fluidité. Il y a ensuite, dans le cœur du film, l'intelligence d'un découpage scénaristique qui balade le couple principal à travers la campagne britannique comme un duo d'aventuriers en quête d'une quelconque relique – ce qui est évidemment le cas. Il y a aussi toute une galerie de personnages qui dépeint là la société de l'époque assez fidèlement sous les clichés.
- Is she dead ?
- No, she's a mermaid.
C'est probablement là, à mon sens, que réside l'intérêt principal de Young and Innocent :
plaidoyer comique autour de l'incompétence notoire – et ridicule – de la police.
Si le pitch nous raconte que Robert, le héros innocent, s'échappe, la réalité narrative met en lumière l'inattention d'agents qui laissent le suspect glisser sous leurs yeux sans le reconnaître. Et si là résidait le seul exemple, ce ne serait qu'une anecdote, mais les éléments s'accumulent pour dire les conclusions hâtives, les facilités et les paresses, ou encore l'incapacité physique de policiers débonnaires incapables de courir leurs graisses à la poursuite des fuyards. L'autre aspect de l'humour qui illumine le métrage de bout en bout tourne autour de la population en général : les gueules avinés d'un bouge de campagne à la baston facile, l'ignorance crasse et ingénue d'un vagabond de bonne volonté, l'insolence naïve des petits frères de l'héroïne. Alfred Hitchcock rythme l'aventure de petites phrases, de regards qui disent tout, et de situations à la limite du grotesque : si la période américaine du maître sera marquée de suspenses terrifiants, cette période anglaise s'amuse de petits riens qui viennent aérer des suspenses encore légers, simples.
Film de transition entre le meilleur de ses débuts et la gloire hollywoodienne, Young and Innocent fait la part belle à l'humour du maître pour mettre en lumière
cette affection particulière qu'il développe pour les romances improbables
liées au cours d'une aventure inattendue, souvent à la suite d'un quiproquo. Thème et personnages habituels, plaisir de l'extérieur en bord de mer, tendresse sous la caricature, le réalisateur déclare là sa flamme à son pays natal autant qu'à ses concitoyens. Léger et presque frivole, Young and Innocent est un petit bonheur de vieux cinéma classique où la multiplicité des ingrédients fait le sel relevé, pas si innocent, des œuvres des premières années du maître.