Merveilleux petit film sur l'alcoolisme.
C'est le premier long-métrage de Shults et j'espère que ce ne sera pas le dernier.
En deux mots, l'histoire d'une sexagénaire paumée, qui s'aiguille à grands coups de bouteille et de divers abus pharmaceutiques. Elle retrouve son entière famille à l'occasion d'un Thanksgiving, après en avoir été apparemment éloignée pas mal de temps et forcée à un travail sur elle-même. Il est sous-entendu qu'elle n'a pas été une très bonne mère pour son fils, qui a fini par aller vivre chez sa tante (petite sœur de la-dite Krisha), sœur qui accueille d'ailleurs la réunion. Krisha se rend chez son fils, et ce n'est pas chez elle.
Shults vise à retranscrire trois choses dans sa mise en scène, et il met dans le mille à chaque fois.
Krisha est rapidement dévoilée comme le vilain petit canard de sa famille, qui, derrière les effusions de façade, communique encore pas mal d'animosité et de défiance. C'est placé très subtilement, avec une merveilleuse utilisation du montage et de la topologie de la mise en scène.
Le manque qu'elle ressent, rapidement, placée dans cet environnement hostile, apparaît insidieusement. On ne sait pas si elle a vraiment fourni un travail sur elle-même, mais une chose est sûre : réel ou pas, ce travail ne suffit pas dans les conditions de rejet et de malheur qu'elle éprouve. Elle va céder. Le cadre se resserre inexorablement autour d'elle, le score se parsème de bruits lancinants, obsédants, comme une envie irrépressible qui monte au plus profond d'elle.
La résolution de cette phase, le dernier tiers du film, est d'une puissance sensorielle et émotionnelle rare.
Tourné en neuf jours avec un budget probablement dérisoire, Shults livre un premier film presque parfait dans son geste, qui lui valut un prix John Cassavetes au Festival du Film Indépendant.
Et pour cause ; on n'est pas loin de la maestria d'Une Femme sous Influence.