3
289 critiques
L'amour louf
L'Amour Ouf restera avant tout un bon souvenir de projection en salle puisque j'étais accompagnée de ma maman qui était adolescente lors des années 1980 et qui avait envie de replonger dans sa...
le 19 oct. 2024
L’amour ouf est une tempête, octroyant peu de répit à ceux qui s’y sont laissés prendre, laissant lorsqu’elle retombe une empreinte vertigineuse. L’amour et la violence s’entrelacent avec intensité et humanité durant près de 3 heures. Le pari de Gilles Lellouche était osé, à mon sens ce pari est gagné.
Inspiré d’un roman irlandais que lui aurait fait découvrir son ami Benoît Poelevoorde, Lellouche nous raconte en détails l’histoire d’un amour tumultueux, troquant la banlieue violente de Dublin contre une ville côtière du nord de la France, les deux environnements partageant des similitudes sociales évidentes. Au-delà des références à des styles et des problématiques qu’il semble apprécier (films de gangsters, relations père-fille, insouciance et malaise adolescents…) Lellouche nous propose un film original, percutant, sans artifices excessifs ni facilités scénaristiques. En prenant le temps de nous présenter ses personnages dans leur complexité et de développer leurs relations, il nous livre une œuvre pleine de saveurs et de valeurs, sans caricature.
Clotaire et Jacqueline, deux adolescents des années 80 que tout semble opposer mis à part l’anachronisme burlesque de leurs prénoms respectifs et leur caractère effronté, vont tomber éperdument amoureux l’un de l’autre. Contre toute attente, issues de conditions et milieux assez antagonistes, leurs personnalités complexes d’adolescents en manques de repères vont s’accorder, chacune puisant dans l’autre les ressources pour avancer, chacune permettant à l’autre de combler son vide affectif.
Cette fresque cinématographique se déroule sur deux décennies, années 80 et 90, et se partage en deux parties équivalentes. L’amour naissant entre les deux adolescents, fauché en plein vol par des évènements dramatiques dont le voyou Clotaire est en partie responsable, laisse place à l’amour résurgent entre deux « adulescents » en mal de vivre et en quête de sens. Les très charismatiques Adèle Exarchopoulos et François Civil prennent ainsi la succession de Mallory Wanecque et Malik Frikah, lumineux jeunes acteurs très convaincants. A chacune des deux époques, le couple formé par Jackie et Clotaire, nous touche par sa fragilité. Entourés d’une galerie de personnages hauts en couleur qui peinent à leur fournir les cadres nécessaires pour s’épanouir, on se dit que l’histoire des deux amoureux est destinée à une fin tragique, d’autant plus que le réalisateur nous l’a explicitement programmée.
Nous suivons alors, tendus et résignés, les soubresauts de cet amour impossible. Nous sommes heurtés par la violence sourde voire sanguinolente de certaines scènes qui raconte les malaises envahissants et destructeurs des deux héros, mais nous sommes également attendris par leurs maladresses, par la lutte qu’ils mènent contre eux-mêmes et leur funeste destinée. A la fois révoltés et compatissants, nous devenons rapidement captifs de leurs tourments. Certes, les marqueurs des années 80 et 90, omniprésents sans être ostentatoires (mode vestimentaire, cabines téléphoniques, cassettes audio, walk-man…) ainsi que la chaude colorimétrie et la bande son très « tarantinesque » offrent quelques plages salutaires de respiration. Mais ces moments de relative détente n’atténuent jamais vraiment le drame existentiel sans espoir qui se déroule sous nos yeux. Nous sommes happés par leur combat respectif sans apercevoir la moindre planche de salut, ni pour Jackie qui ne s’autorise définitivement pas à être heureuse, ni pour Clotaire qui semble totalement emprisonné dans un cercle vicieux de violence. A moins que… A moins que le titre ne porte finalement en lui, dans son adjectif emprunté au « verlan » né à cette époque révolue, un ultime espoir. Un « Amour Fou » renvoie à une passion incontrôlable, à une histoire sans issue qui finit par rendre fou. Un « Amour Ouf » offre peut-être une ouverture, l’opportunité d’un choix salvateur et d’une échappée belle, la possibilité d’un changement radical qui permet à la toute fin de dire… ouf !
Créée
le 27 oct. 2024
Critique lue 126 fois
3
289 critiques
L'Amour Ouf restera avant tout un bon souvenir de projection en salle puisque j'étais accompagnée de ma maman qui était adolescente lors des années 1980 et qui avait envie de replonger dans sa...
le 19 oct. 2024
3
2377 critiques
[Petite précision : je n'ai pas lu le roman adapté ; ce qui fait que je ne l'évoquerai pas du tout dans le contenu de ma critique.]Après Le Grand Bain, Gilles Lellouche confirme, avec L'Amour ouf,...
le 15 oct. 2024
7
9 critiques
Fourre-tout. Pachydermique. Foutraque. Face aux premières critiques du film, c’est avec une appréhension certaine que je me présentai au Grand Théâtre Lumière pour la projection du nouveau film de...
le 24 mai 2024
4
56 critiques
Au-delà du titre très accrocheur et de ses impressionnantes têtes d’affiche, c’est surtout son thème qui faisait du dernier film de Martin Scorsese un événement cinématographique très attendu...
le 24 oct. 2023
2
56 critiques
Mais qu'avait donc en tête le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven en s'emparant de l'histoire controversée de cette nonne illuminée et lesbienne du 17ème siècle ?... À l'image des films majeurs...
le 8 août 2021
9
56 critiques
En sortant de la projection de Babylon, on est conscient d'avoir assisté à un événement cinématographique "extra-ordinaire", au sens littéral du terme.Damien Chazelle est un réalisateur prodige de 38...
le 26 févr. 2023
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème