L'Amour ouf
6.5
L'Amour ouf

Film de Gilles Lellouche (2024)

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Ne pas savoir quoi penser d’un film en sortant de la salle qui le projetait constitue, en soi, une marque de sa qualité. Car si L’Amour Ouf mobilise la figure de la métaphore lors d’un dialogue entre trois personnages, sa figure de style principale est davantage l’hyperbole : pousser les curseurs au maximum, qu’il s’agisse du son (bruitages, musique, partition originale), de l’interprétation, de la réalisation. Dire que la forme est maniérée relève de l’euphémisme : elle dessert en partie la puissance immersive des dispositifs mis en œuvre sinon pour immerger le spectateur dans un déluge qui tire de cette absence de maîtrise toute l’énergie juvénile des adolescents en amour. De plus, la saturation formelle rappelle qu’il y a une forme, chose notable dans le cinéma populaire français !

Car de populaire le long métrage de Gilles Lelouche dispose de toutes les caractéristiques principales : un duo charismatique issu d’un milieu social modeste ou défavorisé, des phrases qui accrochent, un sens de la répartie, un refus de l’argent sale et de la richesse, l’éloge des imperfections physiques et morales. Le réalisateur marche dans les pas de Mathieu Kassovitz, convoque La Haine (1995) dès son ouverture puis Xavier Dolan, dont il ne conserve que deux éléments : l’esthétisation clipesque, ici omniprésente et redondante, et la marginalité de ses héros en conflit avec leur environnement familial ainsi qu’avec eux-mêmes.

Manquent hélas la sensibilité et la complexité d’écriture du cinéaste québécois, remplacées par une quête d’efficacité bourrine tantôt réussie tantôt ridicule qui se heurte à l’interprétation inégale des acteurs confirmés. La partie la plus juste s’avère être celle portée par Mallory Wanecque, récemment vue aux côtés de François Civil dans Pas de vagues (Teddy Lussi-Modeste, 2024), et Malik Frikah, sans oublier notre cher Alain Chabat réhaussé d’une moumoute marrante comme tout – il demeure pourtant le comédien confirmé le plus touchant, dans un rôle auquel il apporte tendresse et humour. Quand débarquent les vedettes commence une illustration de la méthode « actors studio » avec des cris, des larmes baveuses et des chemises de marque en guise de signe extérieur de fortune. La malédiction qu’ils sont censés interpréter, sur fond de sacrilège, demeure théorique, de l’ordre du discours, mais peine à s’incarner à l’image, la faute à une inflation artistique plus proche du culturisme de salle de fitness que du geste cinématographique véritable.

Reste une œuvre atypique qui retranscrit les paysages industriels, littoraux et urbains du Nord de la France avec talent.

Créée

le 2 nov. 2024

Critique lue 99 fois

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4

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