A la base du film d'Edouard Molinaro, il y a une pièce de Francis Veber, Le contrat (1969). A l'époque, Veber vient d'essuyer un échec cuisant avec l'adaptation de sa pièce L'enlèvement, renommée Appelez-moi Mathilde pour l'occasion (Pierre Mondy, 1969). Il laisse alors de côté le scénario de L'emmerdeur pour en faire une pièce. Si les acteurs Jean Le Poulain et Raymond Gérôme ne s'entendent pas du tout, la pièce est en revanche un succès. De plus, Veber commence à devenir un scénariste en vogue avec Il était une fois un flic (Georges Lautner, 1971), film qui lui permet de rencontrer Lino Ventura. L'acteur ne tournera pas dans le film de Lautner, mais le scénario du Contrat l'intéresse et c'est ainsi qu'est lancé la production de L'emmerdeur.
Soit le premier film narrant les aventures de François Pignon, ici campé par Jacques Brel, personnage sympathique, souvent trop gentil, mais particulièrement maladroit. Un personnage dont les aventures suivantes seront toutes réalisées par Veber, en faisant un personnage récurrent de sa filmographie, même si les films en question ne se suivent pas et que les incarnations (comme les interprètes) sont très différentes.
L'emmerdeur du titre est bien évidemment Pignon, homme plaqué par sa femme (Caroline Cellier) qui rate son suicide. L'emmerdeur de qui ? Celui de Milan, tueur à gage en charge d'une cible qui en sait beaucoup trop. Le nettoyeur par excellence et dont on voit les exploits dès les présentations. Molinaro et Veber ont trouvé un duo parfait avec Ventura et Brel, le premier étant une armoire à glace prête à exploser à tout moment ; le second le gars gentil mais un peu collant, au point de rendre fou les gens autour de lui (un peu comme Quentin dans Tais toi). D'autant que le personnage a tendance à faire des gaffes sans le faire exprès, habitude qui reviendra régulièrement dans les autres films avec Pignon (la palme avec Le dîner de cons). Ce qui le rend aussi sympathique qu'à mourir de rire, à l'image de cette scène où il dit qu'il n'a bientôt plus d'essence et continue son chemin, alors qu'il passe devant plusieurs stations-essence.
L'emmerdeur est d'ailleurs un exemple intéressant de comédie, car il débute comme un pur polar avec un attentat et des morts pour ensuite partir sur un grand nombre de quiproquos comiques après le suicide raté de Pignon. Ce qui n'empêche jamais Milan d'essayer de finir sa mission, permettant au film d'être également une course contre la montre amusante, rythmée par au moins deux courses-poursuites jubilatoires.
L'emmerdeur est donc une franche réussite que son auteur essayera de refaire des décennies plus tard. Mais l'accueil de ce remake (2008) sera désastreux, enterrant la carrière de Veber réalisateur. Autant dire que la comédie française y a beaucoup perdu...