Il y a quelques années de cela Kathryn Bigelow réalisait "Zero Dark Thirty".
Se voulant extrêmement détaillé sur la traque de Ben Laden (c'est vrai d'ailleurs), le film prenait pourtant le point de vue des Américains biaisant un peu le caractère neutre du film.
Bigelow justifiait le caractère indiscutable de son film par une mise en scène neutre au possible, documentaire même (Bien que l'image, glacée, était remarquable).
Et bien "La Bataille d'Alger" : c'est tout le contraire, et c'est ce qui en fait un film génial.
Un film se déroulant des deux cotés (Français et Algériens), avec une mise en scène rêche et recherché. Un objet filmique qui vous éduque dans le contenu et vous éblouit dans sa forme.
Un scénario d'un détail et d'une neutralité exemplaires.
On ne peut pas dire que les protagonistes soient présentés d'un bloc. Bien qu'ils soient tous les pions d'une grande bataille, le film s’arrête suffisamment sur le cas de chacun pour éviter d'en faire des monolithes.
Que ce soit le jeune algérien rejoignant la cause rebelle, excédé par les "ratons" qu'on lui jette à la tronche toute la journée.
Ou bien le Lieutenant-Colonel soulignant la force et la noblesse de ses adversaires tout en menant son combat.
Aussi, quelque chose m'intrigue dans ce film, c'est sa date de production.
1966? Quatre ans après l'indépendance, tourné à Alger avec des figurants qui ont à priori connu les événement.
1966? Soit la date de début du nouvel Hollywood. Difficile de ne pas y voir une coïncidence intéressante quand on constate la mise en scène anti-classique au possible de Pontecorvo.
Un ovni qui laisse un peu hagard quand à sa création, mais d'une importance capitale quand à la compréhension du contexte pré-guerre d'Algérie.