Une rose trop vite fanée...
Il était une fois un conte populaire âgé de bien des lustres. Classique mais ô combien féerique, il fût adapté par un célèbre façonneur d'animés qui le fit connaître plus encore auprès du jeune public.
Un réalisateur, qui avait créé quelques années plus tôt une histoire bien sombre de loup sise au Gévaudan, s'essaya à le mettre en pellicule à l'aide d'une fort belle brochette d'acteurs tout à fait crédibles et renommés. On n'ira pas jusqu'à ausculter à la loupe certains seconds rôles bien mal inspirés (les sœurs de Belle, le méchant bandit).
Disposant manifestement d'un somme rondelette pour mener son projet à bien, il fît construire de fabuleux décors, coudre de magnifiques vêtements (mirifiques robes de princesses et atours de princes et velours de courtisans), ciseler de somptueuses parures et habiller le tout d'étincelants accessoires. Il para sa Bête d'un faciès très crédible, subtile utilisation d'effets spéciaux très réussis.
Les apparences semblaient prêtes pour une aventure enchanteresse dans un pays merveilleux...
Las ! Celle-ci furent trompeuses.
En effet, en dépit de tous ses fabuleux atours, le conte se révéla prévisible au-delà de toute mesure, caricatural à souhait et bientôt ennuyeux au point que notre spectateur consulta sa montre dans l'obscurité afin de déterminer si l'heure du glas approchait enfin. Le réalisateur se sentit semble-t-il obligé de montrer tous les détails de la vie de la Bête afin que chacun, y compris les plus jeunes ou les plus sots, puisse comprendre la tragédie du passé. Cette part de mystère aurait pu demeure celée mais de subtilité il n'y eut point.
En outre, notre réalisateur richement doté s'échoua, à l'instar du trio de navires marchands dont il narrait la triste aventure, sur un écueil courant, celui de vouloir montrer ostensiblement ses effets numériques. C'est ainsi que sur la toute fin de son récit, une débauche d'effets spéciaux outranciers s’abattit sur les pauvres spectateurs : au milieu d'une tempête de nuages et de tonnerre d'éclairs, des géants de pierre endormis se mirent à déambuler tandis que des lianes croissaient de façon anarchique dans tout le château.
C'en fût trop pour le spectateur déçu par tant de facilité qui ne put que dissimuler son désarroi sous ses mains plaquées sur son visage. En effet, les deux dames qui l'accompagnaient avaient été éblouies par les robes somptueuses et magnifiques parures que portait la Belle. En outre, les pathétiques créatures qu'étaient jadis les limiers furent sources de cris de ravissement pour nos deux accompagnatrices qui consentirent au final un satisfecit à ce film pourtant bien mal achevé.
FIN
Épilogue : depuis quand les princes deviennent de simples fermiers dans les contes ?