(1970. La cité de la violence. ITA. : Città violenta.
Vu en VF (pas de VO…), édition DVD TF1. Merci à Lzurz Lhmi pour le partage !)
Années 1970. Tueur à gages, Jeff Heston (Charles Bronson) est en vacances dans les îles Vierges en compagnie de Vanessa (Jill Ireland, la femme de Bronson dans la vie). Doublé par celle-ci et victime d’un traquenard commandité par Coogan (Goffredo Hunter), il s’en sort par miracle et se retrouve emprisonné durant deux ans. A sa remise en liberté, il n’a qu’une idée en tête se venger de Coogan et de Vanessa…
Grand admirateur de Sergio Sollima, je dois bien avouer qu’après les sorties de Colorado et Le dernier face à face en 1966 et 1967, le réalisateur transalpin ne retrouvera malheureusement jamais le feu sacré, comme lorsqu’il était capable de livrer de véritables chefs d’œuvre engagés et spectaculaires. Toutefois, la suite de sa carrière n’a rien de déshonorante, comme le prouve ce polar sérieux et assez emblématique d’une certaine époque. Fort de ses succès dans le western, Sollima a la chance ici d’avoir un casting international de haut-niveau avec le couple Bronson-Ireland, un Telly Savalas en forme (ainsi que son frangin Georges !) ou encore Michel Constantin (La traque), le film étant coproduit avec la France. Bronson et Constantin, qui tourneront cette même année dans De la part des copains de Terence Young, deviendront de grands amis au point de conclure un pacte de sang ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, Charles mourra en 2003 deux jours après Michel, peu après avoir appris la mauvaise nouvelle… Dans le film, les deux sont aussi amis, même si la Mafia finira par les mettre en face à face, pour le malheur du français… A noter, une scène très marrante où il va chercher de la drogue, en faisant traverser un aveugle, sacrée combine… Constantin joue ici un tueur indépendant au bout du rouleau et complètement camé. Un rôle très sympa.
Délaissant les paysages arides du western, le cinéaste pose ici sa caméra, à l’instar d’un Giuliano Montaldo avec Les intouchables, dans l’asphalte américaine de La Nouvelle-Orléans et San Francisco, véritable prison de bitume d’un Bronson qui pour le coup inaugure en quelques sorte son personnage de film d’action (taciturne, viril, solitaire...) qu’il répétera ensuite à l’envi, et jusqu’à la fin de sa carrière, comme dans Le justicier de la ville ou Le cercle noir quelques années plus tard. Notons aussi une incursion dans les caraïbes avec notamment une scène de course-poursuite dès l’intro du film, avec la participation de Rémy Julienne. Signalons que Sergio avait déjà fait des polars vers 1964-65, Requiem pour un agent secret, Agent 3S3… (inconnus au bataillon). Et retournera vers le genre, en plus politique, en 1973 avec Revolver (la poursuite implacable).
Une salope qui fait tomber les mafieux !
Le scénario de Città violenta n’a évidemment rien d’original : le tueur de service qui décide de quitter le milieu…mais on ne quitte pas la Famille, c’est elle qui nous quitte ! On songera entre autres au Samouraï de Melville, et dans ces mêmes années 70’s, Milan calibre 9, avec notamment le personnage de Jill Ireland pouvant faire songer à celui de Barbara Bouchet, Les grands fusils avec Delon en démissionnaire… Liste non exhaustive ! Toutefois Sollima parvient à nous surprendre avec cette description de l’Organisation de Savalas (ici au début de sa période italienne qui le verra jouer pour Corbucci ou Bava entre autres), montrée comme une entreprise comme les autres. Un cheval de bataille du cinéaste qui dans ses westerns écornait les USA et leur politique « mafieuse » et impérialiste.
Autre point d’intérêt du film, le personnage de Jill Ireland. Alors oui, elle est jolie et n’a aucun problème à se dénuder, mais c’est son implication et son impact dans les soubresauts de la Mafia qui nous intéresseront. En effet, elle joue ici une véritable salope qui montera les uns contre les autres les différents Don, presque à la manière d’un Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars ! Au profit du personnage joué par Umberto Orsini (Vincent, François, Paul et les autres), qui sous ses allures de dandy avocat figure une sorte de chef d’entreprise manipulateur, sans scrupules… Mafia-Dow Jones = même combat ! Pour revenir à Bronson, notons qu’il se fait mener par le bout du nez, pour ne pas mentionner une autre partie de son anatomie, par le personnage de Jill Ireland à un point où ça en devient presque gênant…comme s’il cherchait la mort, telle une sorte de kamikaze, prêt à tuer ses amis, comme Constantin, ou un Don pas si mauvais que ça, mais pas cette femme qui le hante et le fascine à la fois.
Città violenta s’avère donc être un film noir très agréable à regarder, et qui mine de rien, et comme toujours avec Sollima, pose des questions allant au-delà du simple polar d’action. Bien que l’action se déroule principalement en milieu urbain, nous ne sommes pas vraiment dans le genre poliziottesco. D’ailleurs les flics se feront assez rares. A ce titre, notons la très bonne scène finale amère et sombre, où l’on verra enfin un jeune policier tenter quelque chose pour extirper cette cité de la violence…
Enfin, vous connaissez ma dévotion pour Il Maestro Ennio Morricone, et cette B.O. figure parmi mes favorites, bien que je trouve qu’elle ne soit pas très bien utilisée dans le film. Je vous conseille toutefois la B.O. qui colle parfaitement au film, tantôt mystérieuse et sombre, tantôt enlevée et implacable : https://www.youtube.com/watch?v=QcsLI36CSfo&list=PLDmdF1ma6cZofJGP7k4W2SwS54DmdW4dU&index=1
La critique de Colorado, autre film de Sergio Sollima : https://www.senscritique.com/film/Colorado/critique/227456323