Un jour, quand je serais grand, j'écrirai une vraie critique de ce superbe exemple de la grande comédie italienne, grinçante et cruelle. Ces italiens sont très forts : ils font rire (ou sourire) de thêmes comme la pauvreté (Affreux, Sales et Méchants ou l'Argent de la Vieille ) ou la 1ère Guerre Mondiale, comme ici, alors que ce sont des sujets qui, à priori ne prêtent pas à la gaieté.
Ne nous y trompons pas ces films ne sont pas que drôles. Celui là est même souvent franchement dramatique et poignant ( je pense notamment à la géniale scène où les toujours impeccables Gassman et Sordi discutent de leur camarade mort au combat avec la veuve, qui ignore encore la mort de son mari et partage avec eux leur bonheur simple et authentique et que penauds, minables et généreux il lui offre l'argent escroqué aux bourgeois nationalistes dans la scène précédente )
Cette scène, boudiou, arracherait des larmes au plus badass d'entre vous. (Là je suis content j'ai pu placer le mot le plus à la mode des membres de ce site : badass qui ne veut rien dire mais est très apprécié par ici).
La grande force de Monicelli et de ses subtils scénaristes Age-Scarpelli est de savoir mêler, parfois dans une même scène le ridicule et le grandiose, le pitoyable et le sublime, le sordide et l'héroÏque, le cynisme le plus cruel et l'humanisme le plus élevé.
Et tous ces sentiments contradictoires font la force, la lucidité et la cruauté de ce cinéma transalpin, qui fut l'un des plus grands d'Europe et qui a disparu sous le double assaut d'un cinéma bis bêtifiant (mais qui a les faveurs d'une certaine intelligentsia cinéphilique dévoyée) et d'une télévision berlusconienne abrutissante.
Assurément une des plus grandes pertes du cinéma mondial (même si le cinéma italien frémit à nouveau depuis quelques années avec toutefois infiniment moins de talent que dans les années 50 et 60).