La frontière entre un 7 et un 8 est parfois mince, imperceptible, même pour celui qui note. Le film mérite-t-il un 7 car son scénario est cousu de cheveux blancs ? Mérite-t-il un 7 car finalement il ne réinvente rien ? Ou alors mérite-t-il un 8 car tout ce qu’il tente il le fait bien, que la tronche de la gamine est craquante et que l’univers graphique est enchanteur ?
Il y a un truc à savoir, j’adore les contes. Je veux dire, Child of Light n’est pas mon jeu de l’année pour rien, j’adore la naïveté et l’innocence dont l’œuvre fait preuve sans tomber dans la niaiserie ou l’idiotie totale. Car faisant régulièrement le tour des étalages de mon libraire, je vois chaque année des soi-disant contes qui s’empilent par dizaine, encore plus pour les fêtes de noël. Mais si j’ai le malheur d’en ouvrir un, que vois-je ? Une histoire crétine à souhait que l’on va fourrer dans la bouche du gosse, histoire de bien le caler, avant qu’il aille dormir. Pour moi qui ai dévoré du Grimm quand j’étais petit, cela me semble une hérésie. Raconter une histoire plate sur un ton monotone à un gamin c’est l’habituer à se goinfrer d’œuvres trop calculés, trop écrites.
Et voilà qu’arrive le Chant de la Mer, je me rends à mon cinéma pour me rendre compte que le film n’est programmé que le week-end à des heures où le billet est le plus cher. Je veux bien que le paysage cinématographique actuel soit blindé mais quand même quoi. C’est un film parfait pour les plus jeunes à la fin d’année et c’est totalement mis de côté ?
Qu’importe, j’attrape mon billet et me rend dans la salle, surpris de voir que finalement beaucoup d’adultes, sans enfants, sont présents. Puis le film passe et quand je sors, je vois des sourires sur les visages en me doutant que si je me regardais dans un miroir, je serais moi aussi en train de montrer mes dents dans un sourire qui ferait fuir les plus peureux.
Sans raconter l’histoire, le Chant de la Mer offre une approche assez différente des contes habituels, il complexifie son histoire. De ce fait, il y a deux constats. Le 1er est que l’histoire avance avec deux objectifs parallèles ce qui n’est absolument pas désagréable. L’autre, c’est qu’il y a pas mal de points assez bizarres, inexplicables ou incompréhensibles. Certes les plus jeunes ne s’en soucieront pas mais je me suis surpris à lever le sourcil 2-3 fois durant la séance.
Mais finalement l’histoire m’importait peu. On devine la fin très vite et le but de l’ensemble n’est pas vraiment là. Tout d’abord il s’agit d’une œuvre qui fait voyager. Les personnages traversent moult décors renouvelant sans cesse l’intérêt pour la patte artistique. Le dessin apparaît comme enfantin, précis mais enfantin. On pardonne donc les perspectives et les quelques errances des traits pour se concentrer sur ce coloriage qui semble fait au fusain.
Ces décors ajoutent vraiment un charme indéniable au film. Il ne le rend très certainement pas inoubliable mais il laisse une petite empreinte car dans sa naïveté le trait est maitrisé au possible. On regrettera juste que certains décors passent trop vite ou encore que la contemplation ne soit pas assez au rendez-vous. Car je l’avoue c’est un peu ce qui m’avait branché dans la bande-annonce, ce passage sous l’eau féérique. Le film manque un peu de ça mais l’œuvre restant destinée aux plus jeunes, faire trainer en longueur aurait sûrement été une erreur, d’autant plus quand on voit que certaines parties du long-métrage semblent déjà avoir été raccourcies.
Mais dans le message qu’il délivre et dans ses actions, le Chant de la Mer reste un conte comme j’aimerais en voir plus souvent. Ce n’est pas un Disney, ce n’est pas non plus un conte des frères Grimm, ça ne fera pas rigoler les enfants mais ça les émerveillera par la beauté des décors, ça les touchera pour la fin très belle et je pense que ça leur mettra quelques étoiles dans les yeux, comme ça me l’a fait. J’ai tendance à adorer ces œuvres qui ne prennent pas des parents pour des vaches à lait à l’approche des fêtes du coup la note n’est sûrement pas objective, mais elle exprime mon ressenti. Je préfère une naïveté innocente qu’une maturité mal placée. Et croyez-moi, après un enterrement le matin, voir le Chant de la Mer le midi, ça met du baume au cœur.