Je commencerai cette critique en vous annonçant que je n’ai pas encore lu le consentement de Vanessa Springora , encore plus complexe que cela j’ai récemment lu des livres de Matzneff pour mes recherches dans le cadre des pedo-criminels, j’ai donc regarder ce film en ayant clairement dans un coin de ma tête la vision de son agresseur.
Le film est bon parce qu’il est dur, plus que cela il marque et c’est l’objectif : être marqué un peu comme la victime mais a une autre échelle. Mon seul regret c’est d’avoir l’impression que le vice de matzneff n’est pas été capté dans son entièreté. Je parle notamment de son timbre de voix si singulier (un chuchotement lent oscillant vers les aiguës : comme ci il était constamment dans la provoque). Puis il y a d’autres moments que l’on pouvait trouver un peu caricaturaux comme lorsque Matzneff attends Vanessa à la sortie de son collège parsemé d’un long manteau et de lunettes noires (image type du pedophile sauf que le pédophile n’a pas de visage) cependant je pense que le choix de cette représentation traduit la peur que ressentait Vanessa, mi consciente mi inconsciente, en le voyant tel une forme d’interdit.
En parlant d’interdit, j’ai aimé la symbolique subtile autour de la couleur des livres écrits par Matzneff. Le bleu pour les livres non sulfureux et le rouge pour les livres « interdits ». Ces derniers faisant l’apologie de la pedophilie, décryptant également son obsession pour la virginité (la sainte vierge à qui il fait souvent référence).
Matzneff séduit cette jeune fille en lui accordant de l’attention d’abord en la plaçant sur un pied d’égalité avec le monde des adultes. Lui disant qu’elle est mature, différente et en avance sur tous les plans (sauf sexuel) elle est « l’enfant ultime ». Les lettres qui lui écrits sont tout droit sortie d’un conte de fée, cet homme s’intéresse à elle et il a tout d’un prince (lettré, cultivé, apprécié etc…).
Puis tout bascule, il l’emmène pour la première fois dans son appartement pour abuser d’elle, celle-ci n’est pas certaine mais pas de soucis il la rassure « je ne suis peut-être pas parfait mais je suis doué pour l’amour ». Il faut la convaincre, il lui dit qu’elle a beaucoup de chance qu’il soit le premier, un héros véritable , grâce à lui elle ne saura pas victime d’une première fois violente avec un garçon inexpérimenté qui risquerait de la traumatiser (l’ironie).
Enfin, le prince se transforme en monstre assoiffé de sang tout droit sorti du cœur de sa victime . Il la domine complètement, un corp vieux aux côté d’un corps jeune le malaise est étouffant, on a du mal à regarder. Il est brusque, elle n’y connaît rien donc le laisse faire « comme un petit garçon » lui dit-il.
Après cela les lettres changent, une fois qu’il l’a eu, la garder ne sera pas difficile. L’emprise est faite, il se permet de lui envoyer des lettres de reproche culpabilisantes. Elle doit faire un effort se donner complètement à lui, elle lui doit bien ça après tout ce qu’il a fait pour elle. Si elle l’aime, elle doit comprendre qu’il n’y a rien de sale dans l’amour . Elle doit être perverse comme lui, autant que lui mais qu’avec lui.
Les complices sont nombreux dans ce film, la brigade qui croise Vanessa dans le couloir sortant de chez Matzneff connu pour ses écrits pedophiles n’essaye même pas de l’interroger, les amis de Matzneff qui s’amuse de la situation considérant vanessa comme une enfant « mignonne » voulant qu’on la voit comme une femme. Matzneff parle pour elle en sa présence comme ci elle n’existait pas, c’est son trophée un trophée ne parle pas. Il veut se pavaner avec elle, il l’emmène à l’opéra et les gens regardent mais ne disent rien. Une enfant dans un monde d’adultes qui normalise cette relation Vanessa elle-même ne sait plus ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Sa mère invite son agresseur à dîner avec elle, elle se soucie plus de lui que de sa propre fille (« je l’ai quitté, j’ai quitté Gabriel » , « le pauvre »).
Il la brise , jouant avec ses sentiments et émotions puis la traite d’hystérique, de folle des mots qu’il couche sur le papier car tout ce qu’il intéresse c’est de graver à jamais ces écrits dans le présent pour ne pas oublier et pour qu’elle puisse s’en souvenir. A un moment, elle lui dit qu’elle écrit et que son premier livre sera sur lui, lui ne répond pas il s’en fiche, seul son génie compte. Plus tard Vanessa tiendra parole car son premier livre sortira , « le consentement » .
Matzneff écrivait ces livres du sang du cœur de ses victimes. Vanessa a écrit son livre du sang de son cœur.