C'est en 1973 que Jacques Brel écrit et met en scène son second film, Le Far West où il nous fait suivre le destin d'une petite troupe, dont il fait partie, qui va chercher leur Far West à eux.
Un Far West où ils pourront être libre et s'échapper du monde qui les entoure pour en construire un à eux, bien que ce soit une vaste usine abandonnée. On retrouve dans Le Far West le style de Franz où Brel met en scène l'humain avec tendresse mais aussi un peu d'absurdité tout en jetant un regard inquiétant sur cette civilisation. Il aborde aussi des thèmes qui lui sont chers, à l'image de sa vision de la bureaucratie mais aussi des valeurs et normes alors en place où il préfère s'attacher à une vision idéaliste, rêveuse et hors système de la vie.
Néanmoins, si je tiens Franz en haute estime, c'est déjà moins le cas ici car si Brel ne manque pas de bonnes idées, il a plus de mal à bien les mettre en scène. L'ambiance oscillant entre burlesque, bizarre et mélancolie ne tient pas tout le long du film, provoquant même quelques longueurs tandis qu'il semble aller dans trop de direction à la fois, notamment dans la seconde partie du film. Il en est de même pour les personnages où si certains savent se faire attachants, d'autres se font plus énervants qu'autres choses, avec parfois des acteurs tombant dans un surjeu qui n'évite pas quelques lourdeurs.
C'est dommage car certaines de ses bonnes idées marchent bien, à l'image du personnage de Brel dont il n'est pas difficile de s'intéresser et s'attacher, notamment grâce à sa vision de la vie et sa naïveté qui sont décrits avec tendresse. Il démontre une vraie énergie tandis que son style naturaliste, et sa caméra à l'épaule, permettent une immersion au coeur du récit dont il capte très bien le contexte, que ce soit urbain ou non. À noter aussi de savoureuses apparitions de Michel Piccoli en indien et Lino Ventura, tandis que la musique qu'il a lui-même composée colle merveilleusement aux images.
Si Le Far West souffre de quelques maladresses et longueurs, il n'en reste pas moins un film intéressant à plus d'un titre, bénéficiant d'un Brel inspiré lorsqu'il s'agit de décrire avec naïveté et tendresse une galerie de personnages attachante. Un an plus tard, il apprendra qu'il est gravement malade et arrêtera sa carrière après un dernier film en tant qu'acteur et Le Far West, mais surtout Franz laissent le regret d'un cinéaste talentueux qui avait encore beaucoup à montrer.