Pour tout dire, je ne m’étais pas vraiment chauffé pour regarder Le monde est à toi au moment de sa sortie malgré les échos positifs émanant du Festival de Cannes. Il faut dire que le matraquage marketing, notamment via les multiples bannières sur Sens Critique, n’a pas aidé avec cette impression qu’on essayait de m’enfoncer le film au fond de la gorge.
Et puis, récemment, je suis tombé sur une critique négative du film de Romain Gavras qui en parlait comme d’un « vulgaire Snatch français ». Pas de veine pour cet élitiste du 7e Art, Guy Ritchie et en particulier Snatch et Lock, Stock and Two Smoking Barrels, moi, je suis client.
Ce fut un succès. Oui, il y a du Snatch dans ce film mais non, c’est tout sauf un problème.
Ce n’est pas un problème car Le Monde est à toi a sa propre identité. Si on retrouve quelques traits communs, comme le petit gangster qui se frotte et se pique à plus gros que lui, l’intrigue à tiroirs et la BO aux choix forts, on s’éclate quand même.
Reprenant un personnage à la Statham/Turkish, Karim Leklou excelle dans le rôle de celui qui semble être la seule personne avec un peu de bon sens. Le voir se débattre parmi ses acolytes tous moins fiables les uns que les autres lui obtient immédiatement notre sympathie, tandis que la galerie de personnages qui l’entourent n’a pas fini de nous faire rire.
En effet, l’écriture de chaque personnage ou presque est réussie et on penche même du côté des frères Coen. Impossible de résister à un Vincent Cassel bluffant en idiot petit à petit obsédé par les illuminatis. Par ailleurs, quel plaisir de voir la caricature de l’Anglais en vacances en Espagne, eux qui ne se gênent pas pour nous envoyer régulièrement quelques piques amicales.
Bien souvent, l’adjectif « clipesque » lorsqu’on parle de la réalisation d’un long-métrage est péjoratif. Seulement, tous les réalisateurs ne sont pas Romain Gavras. Ce dernier parvient à enchainer les plans marquants et stylisés sans heurt et certaines images restent collées à la rétine longtemps après le visionnage.
Clairement inspiré par Guy Ritchie et donc pas totalement innovateur dans sa démarche, Romain Gavras réussit son film avec brio en nous faisant passer un très bon moment en réadaptant le genre à la sauce française. Et puis, placer du Michel Sardou d'entrée de jeu dans un film de gangster sans que ça ne ruine le tout est le signe d'une maitrise certaine de son sujet. A voir absolument.