Même s'il est probable que la route des damnés ne sera pas parsemée de récompenses et ne le mènera pas à la postérité, il serait un peu maladroit de rejeter d'emblée un film dont le matériau est propice à la réflexion, sous prétexte d'une certaine appétence pour la lenteur extrême et le contemplatif.
A l'image du Civil War d'Alex Garland le britannique, Riberto Minervini conçoit une nouvelle approche du cinéma de guerre, et réécrit à sa manière un pan de l'histoire peut-être fantasmée de son pays d'adoption. Chez l'italien, comme chez Garland qui reprenait déjà en ce sens la vision Malickienne, la guerre n'est jamais héroïque ; mais si les trois cinéastes optent pour la décontextualisation afin mettre en avant l'absurdité et la désincarnation, Minervini confronte ses personnages à une interminable attente, quand Civil War marquait l'incompréhension des protagonistes par la soudaineté des déchainements de violence, alors que ceux de Malick trouvaient une échappatoire dans la contemplation. Mais, ici plus encore qu'ailleurs, les damnés sont des anonymes, sans passé, sans idéologie pour beaucoup, errant à découvert sur des champs de bataille qui n'en sont pas, plaines immenses de l'Alabama à la merci de la munition léthale d'un ennemi invisible.
Certes les nombreux dialogues, diront beaucoup des peurs, mais surtout des interrogations de ce bataillon parti en mission de reconnaissance vers une frontière inconnue, mais jamais ne révèleront un prénom, ni même un grade authentifiable, les adversaires eux demeureront des menaces sans profil, les visages dissimulés derrière le feu de leurs armes.
La menace diffuse, l'incertitude accompagnent chacun des pas de soldats Yankees vers des horizons brumeux, l'arrière plan brouillé sans cesse par l'emploi d'une focale (ultra) courte, isole plus encore ces damnés isolés progressant dans un paysage clos, sans perspective. Dès lors chacun se console à la recherche de certitudes puisant dans la bible, plus rarement dans un patriotisme de façade les explication de l'effondrement.
Cependant, même si la mise en scène immersive et toujours au service du récit séduit et même éblouit, les choix inhérents au traitement du propos, l'approche quasi documentaire, notamment des personnages (les acteurs sont il est vrai non professionnels) acte paradoxalement un manque de spontanéité qui "empêche" un peu le métrage notamment dans sa volonté de prendre de l'ampleur et de dépasser un cadre trop réflexif, ce qui sera le cas pourtant très tard dans une belle scène finale.
Mais, là était probablement la volonté première du réalisateur...